le numérique cherche ses frontières

Des puissants acteurs outre-Atlantiques se sont retrouvés à Amsterdam pour parler du Brésil et de l’Inde, pour trouver un nouveau modèle avec lequel conquérir le monde de l’information numérique globalisée.

Rémi Bilbault Par Rémi Bilbault
01/11/2006
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 Actuellement, les acteurs de l’informationi professionnelle s’interrogent sur la pérennité de leur modèle et ses nécessaires adaptations. Récemment tenu à Amsterdam, le Sommet de l’industrie de l’information globale leur permet de partager leurs expériences et de réfléchir à leur devenir. Un véritable petit Davos de l’information pour repousser les frontières tant géographiques, numériques que linguistiques et tracer trois pistes de réflexion.
 
du brique et mortier au BRIC et clic

Le modèle du « brique et mortier » – l’expression originale brick and mortar désigne l’ancienne économie avec des murs en dur, face aux entités virtuelles de la nouvelle économie – appartient largement au passé. Venus des Etats-Unis où ils se sont taillés de belles parts de marché, développeurs de solutions logicielles et groupes de médias cherchent à conquérir de nouveaux territoires à l’étranger. Mais quels sont les mérites respectifs des différents continents en termes d’opportunités de développement pour des sociétés produisant de l’information ? La réponse met en avant quatre pays, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine (BRIC) : on passe au « BRIC et clic » ! De formidables réservoirs de consommateurs et de contributeurs présents dans ces pays ne peuvent être négligés par ceux qui rêvent de compter dans l’économie numérique. Ce qui n’empêche pas de mettre en valeur les atouts des pays de l’ancienne et de la nouvelle Europe, marchés plus sûrs mais non sans mystère pour des entrepreneurs américains.
 
après Google, le webi 3.0

Les acteurs de l’information professionnelle s’accordent à constater la prédominance du trio Gym (Google, Yahoo et MSN) dans les moteurs de recherche. Même ceux qui ont fait le virage au tout numérique avec succès, comme l’annuaire professionnel Thomasnet (1), redoutent la gouguelisation des esprits. Google est désormais une marque plus connue que Coca-Cola. Ruud Bakker, président de VNU Business Media Europe, indique que d’ores et déjà, 95 % des informaticiens démarrent leurs recherches sur Google.
Ici, repousser les frontières du numérique en termes d’extension de marché et de technologie suppose d’emprunter des chemins moins conventionnels. Ruud Bakker prévoit que la recherche web sera la principale évolution des media BtoB et dresse le paysage du web 3.0 après les évolutions communautaires du web 2.0i (dont les effets ne devraient pas effrayer les media BtoB dans la mesure où ils sauront fédérer à l’avenir leurs lecteurs au sein d’une communauté d’utilisateurs). Ainsi, le patron du groupe de presse, qui ambitionne d’en faire un groupe média total, entrevoit les évolutions suivantes :
Des capacités de stockage sans limite.
La domination des communautés et leur récupération potentielle par les sites commerciaux.
Une évolution de la recherche vers du profiling.
L’arrivée de la publicité pleinement contextuelle.
Des passerelles facilitées entre sites web de concurrents.
Pour définir les meilleures opportunités BtoB du web de demain, Ruud Bakker se fait plus péremptoire : les annuaires en ligne et vortails (portails verticaux). Pour John Lervik, président fondateur de Fast Search and Transfer, partenaire technologique des principaux moteurs de recherche, les médias BtoB seront le principal relais de croissance des grands acteurs de l’interneti. Actuellement, 64 % des recherches sur le net répondent à des fins professionnelles. Près de 50 % des annonceurs clients de Google sont des sociétés en BtoB. Cette proportion s’élève à 34 % pour Yahoo. Ces utilisateurs, exigeants en termes de pertinence des réponses, expriment dans les enquêtes 41 % de taux d’insatisfaction sur l’absence de réponse correspondant à leurs recherches sur les moteurs existants. Pour John Lervik, la marque est importante mais l’ouverture possible sur un réseau de contacts professionnels fera la différence entre les acteurs de l’internet BtoB, dans une logique content and contacts. En libérant la diffusion du contenu et en favorisant les échanges directs entre professionnels, les sites développeront une nouvelle loyauté des utilisateurs. D’autres sources de revenu seront dès lors possibles en dehors de l’abonnement, sans que les contours de ces nouveaux flux financiers soient réellement explicités. John Lervik prédit un bel avenir aux portails verticaux et à la publicité contextuelle.
 
mandarin et hindi

Les éditeurs anglo-saxons prennent-ils conscience qu’ils ont inondé le monde de contenu de langue anglaise et que le niveau de saturation est proche ? Ainsi, Innodata cite des chiffres révélant l’ampleur du fossé linguistique et du potentiel qu’il pourrait représenter : 90 % de la population parlant la langue la plus utilisée dans le monde (le mandarin) ou la troisième langue la plus parlée au monde (l’hindi) ne peuvent pas lire ou écrire en anglais. De même, une grande partie des ressources ne sont pas accessibles encore sur le net : ainsi 75 % des publications scientifiques chinoises ne sont pas publiées en dehors de la République populaire de Chine. En réaction, des grands noms de l’édition s’attachent à développer leurs publications en langue locale. Il en va ainsi pour Wolters Kluwer ou Elsevier. Ce dernier a annoncé son intention de développer davantage d’interfaces en langue domestique. Des études prouvent que cela améliorerait la compréhension (à 54 %), montrant en même temps que cela ne changerait rien (à 30 %) ou serait même nuisible (à 14 %). L’obstacle linguistique serait donc à relativiser d’autant que des différences culturelles plus profondes sont à résoudre. Un représentant de Thomasnet explique par exemple que les conversions entre systèmes de mesure métriques et impériales ont été cinq fois plus complexes à gérer que les traductions linguistiques. (1) www.thomasnet.com 30 tendances marché de l’info Près de 150 participants ont assisté au premier Sommet de l’industrie de l’information globale (Global Information Industry Summit) tenu à Amsterdam les 14 et 15 septembre. Ce sommet est organisé par l’association états-unienne Siia (Software and Information Industry Association), forte de plus de 650 entreprises adhérentes.
 

Tags : archimag 199

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