France Télécom
au-delà du téléphone
archimag - septembre 2006
Loin de se cantonner à des applications liées
au téléphone, le recherche et développement
de France Télécom travaille sur de nouveaux
appareils et services qui n’ont pas forcément
la communication comme première motivation.
Les Jardins de l’innovation de France Télécom imaginent et conçoivent les matériels qui équiperont bientôt nos maisons et nos entreprises. Ouverts en 2003 à Issy-les- Moulineaux (Hauts-de-Seine), ils constituent la vitrine de la recherche et développement du groupe téléphonique et accueillent sans répit des visiteurs en quête de services innovants : collectivités territoriales, entreprises, délégations étrangères. La veille de notre visite, des sud-Coréens s’étaient montrés très intéressés par les démonstrations scénarisées proposées par les Jardins. Il y a quelques mois, seul un emploi du temps surchargé avait empêché le roi d’Espagne Juan Carlos de s’y rendre.
Les Jardins de l’innovation ont été déclinés à Lannion, Caen, Grenoble, mais aussi dans des pays où France Télécom a pris des participations au sein des opérateurs téléphoniques locaux : Varsovie, Pékin, Londres, San Francisco ou Tokyo. Ils forment la partie visible de la R&D, regroupant plus de quatre mille chercheurs issus de corps de métiers très différents : mathématiciens, ingénieurs , sociologues, linguistes, ergonomes, médecins. « Plus de trente langues sont parlées par l’ensemble de nos chercheurs et nos trouveurs ! », se réjouit Jean-Loup Hrycenko, responsable des démonstrations. Toute visite dans cet univers futuriste commence par la plus saisissante des expériences : le Real Meet (rencontre réelle), qui préfigure la visioconférence à très haut débit. Ce mur de téléprésence produit l’impression parfaite d’être face à son interlocuteur, alors que celui-ci se trouve à l’autre bout du monde. Grâce à une combinaison de miroirs, de caméras, de vidéoprojecteurs et la programmation neurolinguistique, la visioconférence se rapproche des scènes imaginées par les scénaristes de films d’anticipation. Chacune des personnes présentes devant le mur peut regarder, les yeux dans les yeux, celles qui se trouvent à des milliers de kilomètres. L’effet faux-jeton, défaut des actuels systèmes de visioconférence – les visioconférenciers ne peuvent pas se regarder dans les yeux, car ils surveillent leur écran –, est ainsi corrigé. L’interlocuteur apparaît à une échelle relativement proche de la réalité, au point que l’on pourrait être tenté de lui serrer la main. La spatialisation du son permet de restituer l’emplacement géographique de l’intervenant selon qu’il se trouve à gauche, au centre ou à droite du mur.
Conçu il y a plusieurs années, le Real Meet est commercialisé depuis le début 2006 pour un coût de 190 000 euros et a déjà été acquis par l’université de Toronto. « Il s’agit d’un produit très intéressant pour de nombreuses entreprises dont les collaborateurs sont disséminés sur plusieurs continents. Plutôt que de payer des billets d’avion, elles pourront les faire dialoguer ensemble et économiser beaucoup de temps et d’énergie », souligne Jean- Loup Hrycenko. Le périmètre des innovations de France Télécom ne se réduit pas aux applications purement communicationnelles.
simultanéité des usages
Encore à l’état de projet, un système d’alerte à l’attention des métiers du transport est actuellement mené avec les constructeurs automobiles. Prenons le cas d’un individu qui loue un véhicule et qui est victime d’un accident. L’agence de location sera immédiatement avertie des détails de cet événement : numéro d’immatriculation de l’automobile, lieu et heure de l’accident, nom du locataire. Le système pourra dépêcher un dépanneur sur le lieu de l’accident et prévenir les secours. Encore faut-il définir le niveau de l’alerte. Doit-elle être déclenchée lors d’un heurt léger avec un autre véhicule ou à l’occasion d’un pare-brise endommagé ? Pour l’instant, et à titre expérimental, l’alerte est démarrée à l’ouverture des coussins gonflables. Les préoccupations liées à la prévention des désastres naturels ne manquent pas d’intéresser un nombre croissant d’acteurs : les gouvernements et les secours mais aussi les citoyens, premières victimes. Il est inutile de rappeler les dégâts provoqués par les crues, les tsunamis et les feux de forêt. En la matière, mieux vaut prévenir que guérir. Des sondes installées en zones inondables joueront un rôle de sentinelle permanente. Dès la montée des eaux, un signal sera envoyé à différentes institutions (pompiers, hôpitaux, préfectures, armée, médias…) ainsi qu’aux habitants concernés via leur ligne de téléphone. Le grand public et les loisirs ne sont pas oubliés par les ingénieurs des Jardins de l’innovation. Le développement de la fibre optique à domicile tels que le NGBS (Next generation broadband services, services basés sur le haut débit de nouvelle génération) ouvre la voie à la simultanéité des usages. Le très haut débit rend en effet possible l’utilisation synchronique de plusieurs services comme regarder la télévision tout en discutant avec des amis en visiophonie sur un même écran. Le visage des interlocuteurs, dont le domicile est équipé d’une caméra, apparaît en mosaïque. A défaut d’image, il est également possible de communiquer avec une personne équipée d’un téléphone fixe ou mobile. A l’heure où l’homme contemporain aime à refaire le match, nul ne doute que cette offre, qui sera proposée dès le mois d’octobre dans les villes équipées en fibre optique, rencontrera le succès. En réalité, comme le reconnaît Jean-Loup Hrycenko, « l’usage qu’en feront les utilisateurs nous échappe totalement. On peut s’attendre à des surprises ! »
vêtements communicants
Aux frontières de la science-fiction, les vêtements communicants font figure de cas d’école. Imaginons une veste par exemple, dotée d’un écran extrêmement fin et souple sur lequel défilent des images, du texte ou des vidéos. Chacun pourrait y afficher son humeur, ses passions, ses convictions. Cela relèverait du gadget si des applications pratiques n’étaient pas envisagées, en particulier dans le domaine de la signalisation routière. Ainsi, un cycliste équipé d’un tel accessoire peut-il signaler clairement sa présence sur la chaussée grâce à un pictogramme particulièrement visible ou avertir qu’il va tourner à droite autrement qu’en tendant la main. A l’extrême limite, le vêtement communicant peut rendre l’homme invisible. Il suffit qu’un individu porte une tenue intégralement recouverte d’un écran haute résolution et qu’une micro-caméra filme l’environnement qui se trouve derrière lui et le diffuse sur le vêtement- écran. La silhouette de l’individu et le décor finiraient par se confondre… Pour le meilleur des mondes ?