Archimag. Que vous inspire la reconnaissancedes professionnels de l'infodoc ?
Anne-Marie Bertrand. Je suis à la fois surprise et très honorée. Surprise parce que je me considère comme une bibliothécaire plus que comme une professionnelle de l’infodoc. Je me sens donc, comme un vilain petit canard, un peu déplacée. Très honorée, bien sûr: dans une société de plus en plus sujette aux palmarès en tout genre, il est agréable d’être distinguée parmi et par ses pairs. Mais beaucoupd’autres – j’ai des noms en tête – auraient mérité, mieux que moi, de figurer dans ce palmarès.
Que s'est-il passé de significatif dans votre domaine ces dernières années?
J’imagine que la bonne réponse est « l’irruption du numérique ». Je la reprends volontiers à mon compte mais avec un bémol. Oui, le numérique a bouleversé les bibliothèques, la notion même de collection, l’offre de services, les usages et les attentes, les responsabilités des bibliothécaires. Les sites web, les portails, les services à distance, les bibliothèques numériques, les dépôts OAI (open archive initiative) sont devenus des instruments et surtout des portes d’entrée aux savoirs,très performants et très utiles. A ce constat partagé, j’ajouterais deux remarques.
D’une part, il ne faudrait pas confondre les outils avec les services. Je suis un peu perplexe, par exemple, devant la multiplication des blogs et des wikis. On pourrait croire que la modernité et la rapidité, l’instantanéité, sont des critères plus importants que la validation et l’organisation de l’information et des connaissances.
D’autre part, il me semble qu’un élément significatif d’évolution est la fragmentation de l’espace public. Les bibliothèques publiques le vivent enpremière ligne, les bibliothèques universitaires sont pareillement confrontées à cet éclatement des publics, ces identités revendiquées, ces mémoires, ces cultures diverses. Comment le servicepublic peut-il et doit-il prendre en compte cette irruption de l’espace privé dans l’espace public ?
Quelles sont les perspectives de l'infodoc dans les années à venir ?
Il me semble qu’un des enjeux majeurs est de faire valoir la nécessaire plus-value apportée par lesprofessionnels de l’information : en matière de validation, d’organisation, de transmission des savoirs et des connaissances, ils jouent un rôle irremplaçable – faute de quoi, on risque d’être confronté à une bouillie intellectuelle où le nombre de connexions tiendra lieu de validation. Ce serait dommage, non ?