Archimag. Que vous inspire cette reconnaissance desprofessionnels de l'infodoc ?
Jean-Michel Salaün. Pas grand-chose sinon qu’il est toujours gratifiant d’être reconnu, mais je ne fais carrière ni dans le show-biz, ni dans la politique [rires].
Que s'est-il passé de significatif dans votre domaine professionnel ces dernières années ?
Du côté des archives, la mise en place progressive du records management dans les organisations. Pour ladocumentation, le passage de la veille à l’intelligence économique. Pour les bibliothèques, enfin, leur rajeunissement par la transformation architecturale, l’ouverture et le succès de l’intégration des supports audiovisuels dans les collections offertes au public. Et pour tous, bien sûr, le numérique et l’explosion du web. Une transformation des pratiques d’écriture, de recherche, de partage, de classement, de lecture et d’écoute, favorisant la montée d’organisations fondées sur des bases économiques alternatives– moteurs, services de web 2.0 –, ce qui déplace larelation sociale au savoir et à la culture.
Quelles sont, selon vous, les perspectives de l'infodoc dans les années à venir ?
Il est hasardeux de prévoir, tellement les changements sont rapides. Pour ma part, je retiendrai principalement, sans ordre hiérarchique et au risque d’être contredit demain, les défis suivants : le déplacementdes frontières entre le public, le collectif et le privé, pour les pratiques documentaires de loisir et professionnelles, pour les modes d’organisation institutionnels et pour les régulations juridiques et techniques ; la prise en compte des bases de données comme desdocuments, ou l’intégration des documents dynamiques, et plus généralement l’intégration des savoirs informatiques utiles pour accompagner les changements, notamment en prévision du web sémantique ; la gestion de la mémoire, y compris celle de la preuve et de la propriété, et de l’oubli avec la pérennisation des documents numériques et leur élimination, et le passage à une échelle de grand nombre dans les documents numériques ; l’intégration des savoirs documentaires dans les pratiques quotidiennes et la place des professionnels de la documentation, le positionnement des médiateurs dans un environnement en révolution technique ; la fracture générationnelle entre les pratiques des jeunes nés, ou presque, avec le numérique et celles des autres tranches d’âges ; le départ à la retraite des baby-boomers, dans les institutions documentaires et ailleurs, et ses conséquences sur les ressources humaines, sur les pratiques culturelles et sur l’essor des fondations ; la prise en compte de la diversité culturelle dans toutes ses dimensions de patrimoine documentaire et de pratiques d’échanges de documents de toutes sortes, comme un élément constitutif des sociétés à venir. Vraisemblablement, de nouveaux modèles d’organisation documentaires vont se construire. Mais les archivistes, les bibliothécaires et les documentalistes conserveront leur mission et la responsabilité de mettre de l’ordre dans le chaos.