L’université Jean Moulin Lyon III a accueilli le 11 décembre dernier un colloque international consacré aux archives, à la justice et aux droits de l’homme. Organisée par plusieurs organisations dont l’Association des archivistes français, cette manifestation entendait rappeler un principe fondateur : les archives sont cruciales pour apporter la preuve des faits, établir la responsabilité des abus commis et fonder le droit des victimes et de leurs familles à réparation. Pierre Truche, ancien premier président de la Cour de cassation et actuel président de l’Association française d’histoire de la justice (AFHJ), a souligné combien les archives furent capitales pour prouver la responsabilité de Klaus Barbie dans la déportation de quarante-quatre enfants juifs en 1944. Dans le même esprit, Louis Joinet, expert de l’Onu pour les droits de l’homme, a estimé qu’un simple document, apparemment anodin, pouvait être le chaînon manquant dans la procédure d’administration de la preuve.
De nombreux pays ont exploité les fonds d’archives disponibles pour lutter contre l’impunité. Ce colloque a été l’occasion d’aborder les cas argentin, chilien, paraguayen et sud-africain. Les archives, lorsqu’elles n’ont pas été détruites, sont un outil irremplaçable de lutte contre « le processus d’effacement » comme l’a rappelé Denis Salas, le secrétaire général de l’AFHJ. Le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a ainsi décidé la constitution d’une « bibliothèque pour l’humanité » qui rassemblera plus de cinquante mille pages de dépositions, de rapports d’expert, d’archives vidéo et d’interceptions téléphoniques. Pour des raisons de sécurité, ce fonds documentaire est entreposé dans une chambre forte mais certaines pièces seront accessibles via internet.