Benoit Sibaud, président de l'April« le logiciel libre est bon pour l'intérêt général »archimag - mai 2007 L’April est l’Association pour la promotion et la recherche en informatique libre. Cette association loi 1901 a fêté ses dix ans en 2006 et compte six cents membres, à la fois personnes physiques et personnes morales. Elle milite pour la démocratisation et la diffusion du logiciel libre et des standards ouverts auprès du grand public, des professionnels et des institutions dans l'espace francophone.
Archimag. Pourquoi l’April a-t-elle créé le site Candidats.fr pendant la campagne présidentielle ? Benoît Sibaud. Ce site est pour nous une très bonne occasion de sensibiliser les politiques, non seulement dans la perspective des élections, mais aussi à plus long terme. La campagne autour de Candidats.fr s’axe en deux parties. Une autour du questionnaire envoyé aux candidats – aux élections présidentielle, législatives et municipales de l’année prochaine – permet de connaître leur positionnement sur les logiciels libres. L’autre partie consiste en une déclaration d’utilisation donnant la possibilité à tout un chacun de déclarer « j’utilise du logiciel libre et je souhaite que les élus s’intéressent à ces questions-là ». La conséquence la plus intéressante pour nous est de susciter un débat et d’inciter les candidats à s’intéresser au sujet. Les postes de travail de l’Assemblée nationale sont équipés d’un système d’exploitation libre et d’une messagerie non-propriétaire. Quel rôle a joué l’April dans ce processus ? Est-ce un premier pas ou un effet de manche ? Le principal bénéfice de cette mise en place à l’Assemblée nationale est que les mots logiciel libre et interopérabilité, jamais entendus jusque-là dans l’hémicycle, ont été prononcés des dizaines de fois. Cette sensibilisation débouche sur une prise de position univoque sur le poste de travail en libre. Nous observons des progrès très positifs sur le logiciel libre, comme le poste de travail des députés ou la notion de pôle de compétitivité dédié au logiciel libre. Néanmoins, la position de la France sur les brevets logiciels ou la loi Dadvsi posent un réel problème. La lecture des DVD avec des logiciels libres sur des systèmes libres étant interdite, comment comptent travailler les députés ? Sur son site web, l’April déclare « promouvoir [...] et sensibiliser » mais aussi « obtenir des décisions politiques, juridiques et réglementaires favorables ». C’est là clairement la définition d’un lobby. Etes-vous d’accord avec ce terme ? Un lobby est une structure, en général d’entreprise, travaillant à la promotion de ses membres et leurs intérêts. L’April correspond plutôt à ce qu’on appelle un « advocacy group », soucieux de l’intérêt général. Il s’agit d’une démarche citoyenne de promotion du bien commun, corroborée par la diversité des adhérents – plus de 620 ; dont 550 informaticiens, enseignants, juristes et décideurs. Du côté des personnes morales, même variété : des associations locales de promotion du logiciel libre, l’établissement public la Cité des sciences et de l’industrie de La Villette et près de quarante entreprises, de petites SSLL [sociétés de services en logiciels libres] à de grandes SSII, en passant par des éditeurs de logiciels libres. Une diversité capitale sur le plan de la légitimité.
On retrouve au sein de l’April une dimension presque festive, avec des valeurs de sociabilité – on connaît vos réunions en forme de pique-nique ! – ainsi qu’un réel sens de l’humour. S’agit-il d’une marque de fabrique des défenseurs du libre ? Le fonctionnement de notre association n’est pas forcément identique à celui d’une association purement professionnelle. Avec des bénévoles, parfois acharnés, il est important de dispenser des moments festifs, notamment après d’âpres batailles. Nombre de propositions intéressantes surviennent à l’issue de groupes de discussions libres lors des assemblées générales.L’April constitue avant tout un noeud de réseaux pour la mise en relation des compétences. La diffusion du logiciel libre n’a-t-elle pas vocation à se faire progressivement, de façon pragmatique ? Comme le montre le succès du standard XML, des serveurs Linux et du navigateur Firefox. Le logiciel libre affiche une croissance remarquable. Des migrations sont régulièrement annoncées par les entreprises et les organismes publics. A périmètre juridique constant, aucune ombre ne viendra noircir ce tableau. Cependant, des réactions contraires au libre se font sentir. Les plus visibles concernent le versant législatif, comme les tentatives d’instaurer la brevetabilité du logiciel ou d’exclure le logiciel libre des extensions du droit d’auteur. On assiste à de véritables campagnes de dénigrement. Les logiciels libres sont-ils menacés ? La vente liée est un véritable problème. Comment amener le logiciel libre chez l’utilisateur si à l’achat de son ordinateur, un système d’exploitation lui est imposé ? Sur ce point, l’April ne réclame que le strict respect de la loi. La problématique de « l’informatique déloyale » va plus loin. Sur le marché, certains composants matériels n’acceptent que les logiciels autorisés. On passe de l’ordinateur ouvert et bon à tout faire à l’ordinateur verrouillé par le fabriquant. Le déploiement de cette logique est en cours, même si les composantes ne sont pas forcément activées. Dans le cadre de l’entreprise, des usages sont légitimes ; mais concernant l’usage privé, ce procédé reste inacceptable. |



