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DR - Bruno Lévy - Joël de Rosnay est docteur ès sciences et conseiller du président de la cité des sciences et de l'industrie de La Villette..

Joël de Rosnay, auteur et spécialiste en prospective et sytémique

«nous devons construire notre avenir, plutôt que le subir»

bruno texier
archimag - juillet-août 2007


Archimag. Dans votre ouvrage « 2020. Les scénarios du futur » [voir Archimag n°205], vous invitez le lecteur à un voyage prospectif dans quatre disciplines : les infotechnologies, les biotechnologies, les nano-technologies et les écotechnologies. Quel est le lien entre ces univers différents ?

Je pense que les préfixes info, bio, nano et éco évoquent les quatre grands domaines scientifiques et techniques qui vont déterminer profondément le XXIe siècle. Les infosciences et les infotechnologies, avec l’internet du futur, la civilisation du numérique, la télévision et le téléphone de demain. Les bio et les nanotechnologies avec les nouveaux médicaments, les cellules embryonnaires, l’ingénierie tissulaire, le clonage thérapeutique et les matériaux intelligents. Les écotechnologies avec les énergies renouvelables, le recyclage des déchets, la pile à combustible et les économies d’énergie. Mais ce qui m’intéresse surtout, dans ces domaines, c’est leur convergence. Notre avenir sera déterminé en partie par le mariage entre info, bio, nano et écotechnologies. Il en résultera de nouveaux produits, de nouveaux services, mais aussi des défis, voire des dangers pour l’avenir de l’humanité. Voilà pourquoi nous devons en être informés, pour tenter d’agiren personnes responsables. Nous devons construire notre avenir, plutôt que le subir.


..Sa carrière l'a mené aux Etas-Unis, où il fut enseignant au Massachusetts Institute of Technology et...

Vous évoquez l’internet des choses. De quois’agit-il ? À quoi ressemblera l’internet en 2020?

L’internet du futur aura l’aspect d’une pyramide avec au sommet des humains – plus d’un milliard d’internautes d’ici à fin 2007 et deux milliards environ d’ici à 2010. Au dessous,on trouvera des objets, des puces RFID – étiquettes à radiofréquence. Soit plus de 300 milliards d’objets répartis dans les bâtiments, les automobiles, les machines, tous associés à leur site web avec une adresse, leur ONS (object name system). Sur l’internet, tout site web possède un DNS (domain name system). Le DNS est réglementé à l’échelle mondiale par une organisation qui attribue etgère les noms de domaine. Or, il n’existe aucun contrôle des ONS. Ce qui signifie qu’un ordinateur puissant peut écouter tout ce que se disent les objets. Par exemple entre les digicodes de bâtiments, afin de tracer les entrées et sorties. L’internet des objets a compté parmi les sujets de discussions passionnées au dernier Sommet mondial sur la société de l’information de Tunis. Quant à l’internet de 2020, il sera mobile grâce l’accès sans fils et disparaîtra dans les environnements – travail, domicile, loisirs, ateliers–, lesquels deviendront intelligents, c’est-à-dire en communication permanente avec les humains.


..et attaché scientifique auprès de l'ambassade de France à Washington. Depuis son premier livre, "le macroscope", primé par l'Académie des sciences morales et politiques en 1975..

Les objets vont devenir intelligents dites-vous. Qu’entendez-vous par là ?

Les objets ou matériaux intelligents sont en interaction avec leur environnement. Dotés de capteurs et disposant souvent d’une autonomie énergétique, ils peuvent créer des réseaux de communication entre eux. Les objets constitueront en 2020 des environnements intelligents, capables de détecter certains types d’informations, de mesurer des changements dans l’environnement, d’alerter d’autres capteurs situés à distance et d’intégrer ces informations pour avertir les humains. Ils serviront à économiser l’énergie dans des bâtiments, à détecter des feux de forêt, à repérer le passage de convois pour les militaires ou, pour les écologistes, à suivre des migrations d’oiseaux. Enquelques années, nous sommes passés de la conception d’un ordinateur central entouré d’informaticiens, à des ordinateurs personnels reliés à l’internet. Et, désormais,à ce que l’on pourrait appeler un web personnel avec l’utilisateur au centre, porteur d’objets communicants connectés en réseau.


..il a publié de nombreux ouvrages prospectifs portant sur la révolution biologique et les TIC.

Puces RFID, encre électronique, nanotechnologies, réseaux, dématérialisation. Toutes ces technologies sont fascinantes, mais les hommes ne risquent-ils pas d’être dominés par les objets qu’ils auront créés ?

Nous utilisons déjà des objets – montres, téléphonesportables, automobiles, ascenseurs, téléviseurs ou fours à micro-ondes –, qui nous rendent dépendants. Sommes-nous pour cela dominés par de tels objets ? Il convient de relativiser. Certes, il y a des risques. Mais nous ne devons pas confondre les usages réels, pertinents, dans notre vie personnelle et professionnelle, avec une gadgétisation technologique nous poussant à acheter des objets répondant plutôt à des désirs, voire à des fantasmes, qu’à des besoins réels. Il est également possible que les hommes cherchent à utiliser ces nouveaux objets ou ces nouvelles technologies pour dominer d’autres hommes. La traçabilité des téléphones portables rend possible le spectre de Big Brother. Les nanotechnologies pourraient être utilisées à des fins militaires, dans le cadre du bioterrorisme et pour espionner les gens en permanence grâce à des puces cachées dans l’environnement. Les technologies ne sont pas dangereuses en elles-mêmes, l’usage que les hommes en font peut l’être.

Vous préparez pour France 3 une série d’émissions consacrées à l’odyssée du futur. Que pourrons-nous y voir ?

L’idée de cette série est de poursuivre la saga commencée avec L’origine de l’homme grâce aux trois beaux films de Jacques Malaterre et aux conseils éclairés d’Yves Coppens. Cette fois, l’horizon est très éloigné puisque les scénarios que j’ai écrits se situent entre 2050 et 2300. Afin de ne pas axer le récit uniquement sur des développements scientifiques et technologiques, j’ai souhaité me concentrer sur des problèmes humains qui continueront d’exister : l’amour, le plaisir, la douleur, la relation aux autres, la découverte de soi, la mort, la création et la conquête de nouveaux pouvoirs. Bien sûr, les histoires se situeront dans des univers technologiques avancés. Elles ne reposeront pas seulement sur de la science-fiction, mais plutôt sur des prédictions plausibles, faisant ressortir la convergence des sciences et des techniques dans les environnements de demain, les communications et les actions des hommes.

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