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DR - exposition Poulbot à la Bibliothèque Forney.

valorisation du fonds

réussir le montage d'une exposition en bibliothèque

guillaume nuttin
archimag - novembre 2007

À partir de 1960, la France des trente glorieuses voit ses bibliothèques développer de nouvelles formes de valorisation de leurs collections : débats, conférences mais surtout expositions. Entre mise en cause et remise à la mode, les expos en bibliothèque semblent avoir encore de beaux jours devant elles. Vous ferez un tabac, à condition de respecter certaines règles.


« Quand j’ai débuté, dans les années 1970, on faisait de l’animation culturelle tous azimuts. Je me souviens de Lawrence d’Arabie projeté sur un drap pendu dans le couloir d’une bibliothèque », se rappelle Claudine Chevrel, conservatrice de la bibliothèque Forney, à Paris, un sourire nostalgique mais désapprobateur auxlèvres. Une exposition en bibliothèque ne s’improvise pas. Nous vous donnons les pistes pour mettre toutes les chances de succès de votre côté.

1 – identifier les centres d’intérêts, locaux ou thématiques, du public et proposer une expo en lien avec ceux-ci

La première condition de réussite réside dans la connaissance qu’ont les bibliothécaires de leurs usagers. Ils peuvent ainsi proposer des thèmes d’exposition se conjuguant avec le centre d’intérêt de leur public. Centres d’intérêt pouvant être liés à un bassin de population : la bibliothèque Couronnes du XXe arrondissement parisien a développé une collection autour de la culture arabe et reçoit régulièrement un calligraphe accompagné de ses oeuvres. Mais aussi centres d’intérêt thématiques comme l’illustre l’exemple de la bibliothèque Faidherbe, dans le XIe arrondissement, ayant constitué une collection d’artistes en section jeunesse et organisant régulièrement des expositions afin de valoriser cette spécificité de son fonds.

2 – faire preuve de rigueur et de réalisme

Si rigueur et réalisme sont recommandés pour toutes sortes de projet, cela est encore plus vrai dans le cas d’une exposition en bibliothèque. Il s’agit d’être rigoureux dans les différentes étapes du projet « et notamment dans le travail scientifique et de recherche en amont, dans le travail de documentation et l’étude de faisabilité », précise Anne Pichereau, responsable du service culturel de Paris Bibliothèques [voir encadré].Quant au réalisme, il concerne le matériau de l’exposition. Le bons ens invite à ne compter que sur les fonds dont on dispose, ou dont on pourra disposer. Il en va de même pour le budget, sachant qu’il est généralement inclus dans le budget de fonctionnement annuel de l’établissement.

3 – oser, innover et...se faire plaisir

Faire preuve d’imagination, de culotaussi, ne pas craindre de changer par rapport à ce qui se fait d’habitude. Bref, développer un état d’esprit innovant. Cela passe évidemment par la confiance de sa hiérarchie. Et peut s’avérer payant : il faut entendre Agnès de Bretagne de la bibliothèque Kandinsky [voir plus bas], évoquer le souvenir « d’un moment d’effervescence, de petites crises de nerfs et de gros fous rires. C’est finalement un moment privilégié dans le monde très feutré de la bibliothèque ». Claudine Chevrel, elle, se sent comme sous les feux de la rampe : « Je considère qu’une expo est comme une pièce de théâtre, il y a un côté performance qui est grisant ».

 

Paris Bibliothèques : l’interface entre exposition et bibliothèque

Locaux clairs et spacieux sis au deuxième étage d’un immeuble hausmannien, dans la très chic rue de Clichy, Paris Bibliothèques nous ouvre ses portes. Une fois passée la réception, la sérénité des lieux cède la place à l’effervescence : c’est jour de bouclage d’En Vue, le magazine de programme des bibliothèques de la ville de Paris.L’association à but non lucratif, sous contrat avec la Mairie de Paris, produit et diffuse les expositions itinérantes des bibliothèques municipales parisiennes, édite leurs publications – beaux livres et guides de lecture entre autres – et promeut leurs manifestations.« Nous sommes opérateurs de la ville de Paris pour la mise en place des activités culturelles en bibliothèque », résume Anne Pichereau, responsable du service culturel ; quinze personnes s’activent ici pour coordonner les actions culturelles du réseau de bibliothèques le plus dense de France ».

 

 


DR - Claudine Chevrel

4 – adopter une démarche didactique

« Nous sommes très pédagogues et le public raffole de ça ! », insiste Claudine Chevrel, qui en est à sa vingthuitième exposition. Elle encourage à exploiter les possibilités d’affichages ou de cartels pour y faire figurer non seulement les notices des objets exposés, mais aussi commentaires, explications ou analyses stylistiques. Cela peut aussi passer par des indications biographiques, par le rattachement à d’autres styles, à des influences voisines. « L’idéal est d’étonner les visiteurs et le meilleur moyen de les étonner est de les informer », conclut la conservatrice de Forney.

5 – ne pas zapper les aspects juridiques et légaux

Respect des droits d’auteur et assurance des fonds sont deux éléments à toujours garder en tête. L’assurance est obligatoire quand bien même les fonds exposés appartiennent à la bibliothèque. Elle est également propre à chaque exposition. Concernant les droits d’auteur, l’idéal est de négocier directement avec les ayant-droits les modalités d’ostension (1).

6 – trouver les moyens d’évaluer le projet

La plupart des expositions en bibliothèque sont montées, en plus de leurs prérogatives classiques, par deux, voire trois personnes. Il paraît donc souhaitable de bénéficier ponctuellement des remarques et des propositions, bref de l’évaluation de collaborateurs ne prenant pas directement part au projet. Agnès de Bretagne, de la bibliothèque Kandinsky, se souvient avec satisfaction : « Nous avons bénéficié de l’appui appréciable de l’expertise des conservateurs qui sont venus spontanément et à plusieurs reprises voir notre travail ». Il est également important, à l’issue de l’exposition, d’en mesurer l’impact auprès du public, ne serait-ce que pour capitaliser ses enseignements. Si des analyses quantitatives de la fréquentation peuvent être aisément opérées, Anne Pichereau, de Paris Bibliothèques, déplore le manque cruel de visibilité qualitative. La mise en place d’un questionnaire de satisfaction peut s’avérer un moyen de parer à cette carence.

7 – il y a une vie après l’expo

Donner de la pérennité à une exposition qui, par définition, disparaît à un moment donné, constitue un idéal vers lequel il s’agit de tendre. Cela passe par le catalogue – « véritables archives de l’expo », estime Claudine Chevrel – qui peut donner lieu à l’édition d’un livre, phénomène quasi systématique à Forney : « Ça arrive assez souvent de convaincre un éditeur ». Cela peut également passer par la mise en place d’actions culturelles à partir de l’exposition. Celle consacrée dans cette même bibliothèque Forney à Alexandre Vattemare – ambassadeur culturel du XIXe siècle en France et aux États-Unis – a ainsi donné lieu à un cycle de rencontres parmi lesquelles une consacrée, au Musée des arts et métiers, à la vulgarisation scientifique, une autre se tenant au musée de la marine et dédiée aux récits de voyage au XIXe siècle... Comme le glisse Anne Pichereau dans un sourire: « C’est le scénario idéal, quand l’expo n’est qu’un début, ne constitue que l’impulsion initiale ».

(1) Pour en savoir plus : voir la fiche conseil « L’animation culturelle en médiathèque sans pépin » du guide pratique Archimag Le droit de l’information, 2e édition, 2007.

DR - cliquez pour agrandir

bibliothèque Kandinsky

dans les interstices du musée


Lové entre un panorama de la capitale à couper le souffle et le bleu du plafond tubulaire, le service périodiques de la bibliothèque Kandinsky, centre de ressources documentaires du Centre Pompidou, accueille un public de chercheurs et d’usagers. Trois cents revues par abonnement, auxquelles s’ajoutent une centaine de revues patrimoniales, constituent le fonds du service. Dans le cadre des festivités du trentenaire du musée d’art moderne, il expose dans les couloirs de ce dernier, séparant les salles dédiées à Max Ernst, Picasso ou Matisse, la collection de revues rares de Paul Destribats, nouvellement acquise. « À deux personnes et sans compter nos heures, trois mois de travail, en plus de nos tâches quotidiennes », se remémore Agnès de Bretagne, bibliothécaire et responsable du service des périodiques. Si ce genre de manifestation « ne peut être qu’anecdotique au sein de la fonction de bibliothécaire – on n’acquiert pas les collections pour les exposer – », continue la responsable du projet, « exposer fait du bien aux fonds, car on donne l’occasion inédite de les voir ensemble mais aussi de procéder à leur restauration lorsqu’elle s’imposait ».


DR - Valérie Degrelle et Agnès de Bretagne

Agnès de Bretagne et Valérie Degrelle, documentaliste et deuxième personne sur le projet, se sont heurtées pour l’occasion à des préoccupations aussi bien pratiques – une notice par vitrine ou une par revue exposée ? et comment les positionner sur les vitrines ? – que plus politiques – faut-il exposer ou non les titres fascistes du mouvement futuriste italien ? Alors, bilan positif pour nos deux exposantes ? Sans l’ombre d’un doute, pour Agnès de Bretagne : « C’est une sorte d’aboutissement pour le métier de bibliothécaire, comme les rares fois où j’ai pu avoir un échange intense et intéressant avec un usager ». Valérie Degrelle estime « passionnant de mener une réflexion qu’on n’a pas l’habitude d’avoir avec des bouquins ».

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