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e-learning en infodoc, le grand absent
S'il fait l'objet d'une réflexion bouillonnante dans les domaines de la documentation, des archives et des bibliothèques, le e-learning s'y caractérise avant tout par sa faible présence. Explication de ce paradoxe, auquel le web 2.0 pourrait apporter un terme.
Visualiser les molécules en 3D avec une manette de jeu Wii ou suivre l'enseignement du Collègede France en podcast sont des activités témoignant du potentiel du e-learning dans l'Hexagone. Plus qu’une simple formation à distance, le e-learning repose sur internet et donne accès à des parcours d’autoformation individualisés, tout en permettant les échanges entre les acteurs. Seules 23% des formations françaises passent par le e-learning, contre 55% au Royaume-Uni. « C'est avant tout une question d'offre, très modeste en France », explique Catherine Goutte, directrice du développement de l’organisme de formation Cegos. Ce décalage entre une reflexion foisonnante et innovante et une application concrète limitée est encore plus prégnant dans le domaine de la gestion de l'information. « Je doute que l'on puisse un jour former un professionnel des archives exclusivement par e-learning », estime Anne-Marie Bruleaux, archiviste universitaire qui sait de quoi elle parle puisque chargée de projet sur le Portail international archivistique francophone [voir retour d'expérience]. Pourquoi une telle faiblesse de l'offre de formation en e-learning dans le domaine de l'infodoc ? Pour Jean Gauthier, manager de la filiale formation de Serda, les raisons tiennent à la demande des stagiaires: « À ce jour, se former sur son lieu de travail ne correspond pas à une réelle demande. Les stagiaires sont encore très attachés à sortir du cadre quotidien, rencontrer d'autres professionnels, échanger avec eux. L'aspect humain fournit la valeur ajoutée de nos métiers ».
trouver le bon usage
Loïc Lebigre, responsable du service formation de l'ADBS, considère pour sa part que la Foad (formation ouverte à distance, avatar du e-learning) est bien adaptée à des formations axées sur la technique et au périmètre bien cadré, « typiquement, la formation d'une équipe de commerciaux à un nouveau produit ». Ce à quoi s'additionnent des raisons pratiques, en l'occurence la modestie des distances dans notre pays : « Le succès du e-learning au Canada, s'explique par les superficies extrémement vastes », juge le responsablede l'ADBS. Anne-Marie Bruleaux ne dit pas autre chose, évoquant un prochain voyage de travail à Dakar ; elle espère s'y enrichir « des expériences concluantes de stages à distance menées par l'École de bibliothécaires, archivistes et documentalistes de l’université Cheikh Anta Diop. Car, en Afrique, la faiblesse de l'offre de formation présentielle s'ajoute aux problématiques de distance ». Enfin, pour Eric Delcroix, enseignant en master multimédia à l’université Lille 3 et formateur indépendant, « l'image encore poussièreuse de la profession ainsi que la résistance des mentalités » jouent un rôle encore non négligeable pour expliquer cette situation. De plus, « si les gens parlent beaucoup du e-learning, comme le montre le bruit autour des campus numériques, ils se focalisent sur la plateforme, c'est-à-dire les aspects techniques », estime l'expert nordiste. Il déplore le manque des véritables moteurs de tels projets : « Le “e” de e-learning masque l'importance des ressources humaines nécessaires à son bon fonctionnement ». Les problématiques de coûts induits par le e-learning, au retour sur investissement encore hypothétique, sont-elles aussi déterminantes. Ce n'est sans doute pas un hasard si une des expériences les plus abouties dans le domaine de l'infodoc est, avec Imark, l'émanation d'un groupe de travail de l'Onu (1), organisation disposant de budgets conséquents. Un projet de e-learning en infodoc entraîne en outre un faisceau de questionnements nouveaux. Autour de la scénarisation, d'abord, pour déterminer objectifs pédagogiques et activités d'apprentissage, puis pour les organiser dans le temps. Le positionnement des acteurs évolue aussi, le terme d'enseignant devenant quelque peu obsolète en e-learning : responsable de formation, coordinateur pédagogique, tuteur en ligne, auteur de contenus... constituent autant de nouveaux rôles. Des aspects organisationnels apparaissent également : comment évaluer la charge de travail d'une action de tutorat à distance ? Et la question des droits d'auteurs pour le concepteur des contenus pédagogiques ? Les points techniques arrivent enfin, avec les solutions dites LMS (learning management system) retenues afin de permettre une navigation très ergonomique, une gestion fine des droits en fonction des profils, tout en garantissant une interopérabilité optimale, accès par le web oblige. Concrètement, associer une dose de formation présentielle à un système de e-learning est préférable. Ainsi, 68 % des stagiaires ayant vécu ce type de formation mixte se déclarent satisfaits, contre 51 % pour une formation ouverte à distance (2). Les raisons sont nombreuses, « ne serait-ce que pour permettre aux apprenants de se connaître et d'engendrer ainsi une dynamique de groupe favorable à l'apprentissage », glisse Eric Delcroix. Après tout, sur le mode de la comparaison, le e-commerce contribue au processus commercial de façon non-négligeable et croissante, mais ne remplace pas le commerce classique ; il lui est complémentaire. Recentrant les outils sur les apprenants, le web 2.0 constitue une chance pour le e-learning en permettant de participer activement à la formation et ce, en interaction avec une communauté de stagiaires. Eric Delcroix voit dans les outils sociaux comme Facebook un système de suivi plus adapté et plus efficace que ceux existant actuellement au sein des LMS, présentant en outre des applications dédiées et surtout une rapidité d'appropriation à toute épreuve. Aristote, maître éducateur s'il en est, ne renierait sans doute pas l'importance de cet aspect participatif : ne disait-il pas « ce que nous devons apprendre à faire, nous l'apprenons en le faisant » ?
(1) Imark propose gratuitement un module consacré à la Ged, un à la création de communautés et de réseaux électroniques, à l'élaboration d'une stratégie d'infotion ou encore à la numérisation et aux bibliothèques électroniques.
(2) chiffres issus d'une enquête réalisée par 01Informatique en juillet 2006 auprès de 900 salariés de grandes entreprises.
retour d'expérience
Piaf, outil pédagogique
Le Portail international archivistique francophone (Piaf), achevé en juillet 2006, s'adresse à trois publics spécifiques : le personnel en charge d'archives mais dépourvu de formation, les archivistes formés il y a longtemps et désirant se remettre à niveau, les étudiants et enseignants en archivistique. Proposant, en plus d'un annuaire et de ressources documentaires, un cours gratuit de quatorze modules, le Piaf n'est pas, de l'aveu même d'une des archivistes chargée du projet, Anne-Marie Bruleaux, du e-learning pur : notamment à cause de l'absence d'échange, de retour et d'enseignant référent. Néanmoins, le nouvel espace e-formation proposant la création collective de pages web, des forums et autre s'en rapproche. Outil de connaissance, d'évaluation et d'application, il vient de s'enrichir d'une plate-forme Moodle de suivi des stages à distance et migre très prochainement vers une version plus récente et plus performante de l'outil Nuxeo.
pour aller plus loin...
...sur archimag.com
...dans la précision terminologique
« Attention ! L'e-learning ne se résume pas à de la formation à distance ! Coupler une video-conférence et la prise en main à distance sur un poste via un bureau virtuel ne suffit pas à faire du e-learning. » Eric Delcroix est catégorique, si on désigne communément le e-learning sous divers vocables (FOAD, NTE pour nouvelles technologies éducatives, enseignement numérique etc...), le concept de e-learning recèle un sens précis. Il sagit d'un des moyens disponibles pour former à distance, reposant sur internet dans le but de rendre accessible des parcours d'autoformation individualisés mais également de permettre des échanges entre les différents acteurs.
...dans la technique
Ariadne, Lom, Scorm etc...: la reflexion autour des standards dans le secteur du e-learning est foisonnante...et fondamentale, puisqu'ils sont garants de l'interopérabilité, condition nécessaire à l'échange et au partage des ressources pédagogiques. Les standards de l'e-learning, livre blanc d'une trentaine de pages réalisé par trois chercheurs de l'université de Lausanne, effectue un tour d'horizon analytique des standards émergents du secteur du e-learning. Il est téléchargeable gratuitement.
...dans la blogosphère
La blogosphère francophone recèle un grand nombre de weblogs consacrés au e-learning. Souvent animés par des professionnels concernés par les problématiques de l'enseignement à distance, ils constituent une mine de ressources et de reflexions. Ne pouvant être exhaustifs, nous nous contenterons d'en mentionner quelques-uns :
...dans les outils collaboratifs et web 2.0
Nouveau souffle pour le e-learning, les outils collaboratifs issus de la déferlante web 2.0 se multiplient depuis quelques mois. Qu'ils sagisse de réseaux sociaux, de plate-formes vidéos, de tutoriaux collaboratifs ou d'outils de classe virtuelle, retrouvez-les dans ce travail de synthèse joliment présenté réalisé par la consultante formatrice Isabelle Dremeau.

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