On connaît, depuis le récent changement de musique d'attente au standard téléphonique de l'Élysée– Albéniz, l’arrière-grand père de Cécilia a été remplacé par Berlioz –, la teneur hautement stratégique de cet intermède imposé à l'interlocuteur importun. Pourtant, bien peu de standards semblent avoir été mis au parfum. Les dignes représentants des plus grandes splendeurs symphoniques, Jeux interdits et Les Quatre saisons, sont encore légion. Quand les standardistes n'ont tout simplement pas oublié de couper la communication pendant le transfert de l'appel, nous faisant bénéficier qui de leur conscience professionnelle –« moi, tu sais, j'les envoie paître » –, qui des méandres de leur vie intime – « tu te rends compte qu'il a osé me faire ça » –, qui de l'étendue de leur vocabulaire, dont je vous épargnerai ici les miscellanées. Ce qui, convenons-en, reste encore préférable, car incomparablement plus instructif , aux derniers avatars de comédie musicale, voire de chanson de l'été – mes oreilles peuvent en témoigner, mon cerveau, j'en suis moins sûr.
Et si, par miracle, l'attente s'avère fructueuse, il y a fort à parier que cet intermède sonore – j'ai quelques scrupules à l'appeler musical – aura définitivement anéanti toute acuité mentale nécessaire à l'entretien. Je tiens donc à saluer l'initiative salvatrice de la BPI, qui plonge le quémandeur dans une ambiance acoustique de jungle : singes hurleurs, oiseaux de paradis et autres fauves meublent ainsi bien agréablement notre attente de leurs vocalises exotiques. Ce qui présente aussi le mérite de la franchise : c'est bien souvent la loi de la jungle pour obtenir son interlocuteur.