« Je suis plutôt disposé à me ranger du côté des pro que des anti-wikipédia ». Olivier Ertzscheid n’est pas un adepte de la langue de bois, ses reflexions éclairent la combinaison de profondeur conceptuelle et de bon sens pragmatique dont il fait preuve : « Le projet encyclopédique du XVIIIe siècle était de décrire ce qu’est un vélo. Celui du XXIe siècle est d’expliquer comment on fait du vélo. Wikipédia constitue un observatoire en temps réel des bouleversements autour des notions de connaissance, d’accès à l’information et de construction des savoirs ».
Blogueur de référence dans le monde de l’infodoc avec Affordance, Olivier Ertzscheid se distingue comme un précurseur de la blogosphère. Il est à l’origine d’Urfist Info, blog collaboratif et outil de veille pour l’information scientifique et technique. Désirant « poser du sens sur la dimension aléatoire » d’un phénomène trop vaguement défini comme « le fait de trouver avec habileté des choses que l’on ne cherchait pas au départ », la sérendipité constitue un autre fort point d’achoppement dans sa réflexion. « Est-elle une marque structurante de la recherche d’information sur internet ? La sérendipité est-elle inscrite dans le mode de fonctionnement des interfaces de recherche ? À moins que ce soit dans les prédispositions cognitives de l’utilisateur ? » constituent quelques-uns de ses questionnements.
Par sérendipité, le jeune étudiant en lettres se retrouve sur les bancs du DESS d’informatique documentaire à l’époque des balbutiements du web en France, « quand il fallait taper des lignes de code pour accéder à internet ». Une attitude qui explique sans doute son vaste champ de compétences, allant du webmastering et webdesign à la gestion des documents numériques en passant par les normes bibliographiques, la veille et la gestion des connaissances.
le veilleur se fait vigie
Enseignant-chercheur, Olivier Ertzscheid connaît bien le petit monde de l’Université française. Il y déplore « la sous-représentativité des sciences de l’information par rapport à la communication au sein de la grande famille de l’infocom ». Notre homme porte son regard outre-atlantique pour préconiser « une articulation plus claire, à l’anglo-saxonne, entre bibliothéconomie et media studies, ainsi que cela se fait au Canada, par exemple ». Olivier Ertzscheid affiche son opposition à la loi dite LRU de réforme des universités : son soutien à différents collectifs trône ostensiblement dans la tétière d’Affordance. « Je ne suis pourtant pas opposé à la mise en place d’une démarche qualité à l’université, mais je ne peux que contester cette tentative de caler maladroitement un système de fonctionnement à l’américaine, sans se poser la question du modèle culturel qui le sous-tend ».
Engagé, Olivier Ertzscheid prophétise l’indexation prochaine sur internet de l’être humain, « ce document comme un autre ». Son analyse résonnant des lugubres échos de 1984 repose sur le constat « d’une synchronisation croissante entre nos activités connectées et déconnectées au web ». Concrètement, la conjonction d’une indexation chaque jour plus fine de nos comportements sociaux par les moteurs de recherche, et par la marchandisation du séquençage dugénôme humain par des sociétés américaines rend réalistes les hypothèses les plus inquiétantes. Le veilleur se fait vigie citoyenne.