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le nouveau Forum des images : entre rue du cinéma et lounge
archimag - décembre 2008-janvier 2009
À deux pas de l’église de saint Eustache à Paris, le Forum des images offre
un nouvel écrin à son fonds documentaire. Le challenge est de taille : s’adapter pour attirer un public en quête de services innovants.
trois ans de travaux auront été nécessaires à la rénovation du Forum des images. Trois ans pendant lesquels le site a été transformé de fond en comble, offrant désormais une surface de 5 800m2 répartis sur plusieurs niveaux. L’ancienne vidéothèque de Paris offrira dès le 5 décembre cinq salles de projection, quatre espaces de visionnage, une salle des collections, un salon de lecture et une mezzanine. Cette période de chantier a également été mise à profit par le Forum pour numériser l’intégralité de sa collection de films et repenser son offre documentaire. Le financement, assuré par la Ville de Paris, s’élève à 7,6 millions d’euros pour la rénovation du site et 5 millions d’euros pour la numérisation, durant la période 2003-2007.
le lieu marque les esprits
Dès l’entrée, les visiteurs remarqueront une forte identité architecturale qui tranche avec l’étroitesse du lieu précédent. Des lignes épurées, un jeu de lumières destiné à combler l’absence de lumière naturelle et une gamme chromatique audacieuse : rose trémière, gris clair et noir. L’ensemble se veut chaleureux à l’image des alcôves proposant des postes de consultation individuelle et offrant un isolement pour les visiteurs en quête de quiétude lorsqu’ils regardent un film. Ces alcôves répondent à un usage spécifique – la tranquillité individuelle –, tout comme le petit amphithéâtre, qui vise un objectif pédagogique : accueillir un public scolaire ou étudiant pour bénéficier de logiciels spécifiques dédiés au travail de l’image. La salle des collections, quant à elle, rappellera bien des souvenirs à ceux ayant connu l’ancienne vidéothèque. Elle est érigée au même endroit, a gagné en superficie mais a perdu son intrigant robot qui, inlassablement, allait chercher des cassettes vidéo dans l’imposante armoire de rangement pour les glisser dans les magnétoscopes. Après quinze ans de bons et loyaux services – plus de 2 millions de visionnages ! –, le robot a disparu, tout comme les milliers de cassettes. Numérisation oblige, les collections du Forum des images sont totalement dématérialisées. Le chantier de numérisation a duré près de quatre ans et porté sur près de 4 500 heures de vidéo. « La numérisation était devenue une nécessité technique pour le Forum des images, qui souhaite offrir un accès direct aux collections, explique Jean-Yves de Lépinay, le directeur des programmes du Forum ; nous avons souhaité numériser à partir des meilleures sources possibles, c’est-à -dire le film lui-même plutôt que le master vidéo ». Résultat : le même film pourra être consulté simultanément sur plusieurs postes. À l’époque des bandes analogiques, un film ne pouvait être vu que par une seule personne à la fois.
Mpeg 2 plutôt que Mpeg 4
Face à la multitude des normes de compression numérique, le Forum des images a fait le choix du Mpeg 2 plutôt que le Mpeg 4. Selon Jean-Yves de Lépinay, « le Mpeg 2 est un format particulièrement indiqué pour la conservation et la diffusion, alors que le Mpeg 4 offre plus de qualités pour le montage. Nous avons opté pour le premier, qui correspond à la vocation de notre institution ». L’ensemble de la numérisation a été externalisé et confié à trois laboratoires, qui se sont partagé les différents lots. Le processus n’est pas allé sans poser de problèmes. Dans un premier temps, la numérisation n’a pas donné entière satisfaction et plusieurs lots ont été renvoyés aux laboratoires. Le temps d’ajuster les réglages des outils informatiques et l’expérience aidant, le taux d’échec a considérablement baissé. En appui de la phase de numérisation proprement dite, le Forum des images a constitué, en interne, une équipe chargée de vérifier les lots envoyés par les laboratoires. Une étape nécessaire pour s’assurer de la qualité du travail, avec sur une analyse d’échantillons prélevés de façon aléatoire. Tous les films ont fait l’objet d’une vérification avant d’être déclarés « bons pour le service ». Qui dit numérisation, dit gain d’espace et changement d’échelle. Débarrassé de ses milliers de cassettes, le Forum des images a décidé d’utiliser ses nouveaux espaces pour enrichir ses collections consacrées à Paris et accueillir des oeuvres contemporaines issues d’autres institutions. Les visiteurs pourront désormais visionner des productions provenant de l’Agence du court métrage, des Films d’ici ou de la Fémis (École nationale supérieure des métiers de l’image et du son). Habituellement projetés de façon confidentielle, ces films profiteront des ressources technologiques et humaines du Forum des images, qui prendra en charge leur numérisation et rémunérera les producteurs en fonction du visionnage. Une seconde vie pour une production délaissée par les circuits de distribution traditionnels.L’enrichissement des collections passe également par un mode d’acquisition original : le Forum sélectionne et numérise des films confiés par des particuliers. De qualité inégale, cette production populaire n’en offre pas moins un regard singulier sur Paris.
documentalistes programmateurs
La numérisation n’est pas une fin en soi. Dématérialisé, ce patrimoine peut désormais être valorisé par de nombreux outils informatiques inspirés du web 2.0. « À partir du mois d’avril 2009, les usagers qui visionnent les films sur nos postes de consultation pourront isoler une séquence, la commenter et exporter ces commentaires vers leur messagerie ou sur une clé-mémoire USB. Il leur suffira pour cela d’ouvrir gratuitement un compte et créer un porte-documents »,explique Jean-Yves de Lépinay. Cet esprit 2.0 se retrouve également dans les communautés d’utilisateurs que le Forum des images souhaite susciter autour de la critique de film. Et pour inciter les usagers à aller au-delà du banal « j’aime-j’aime pas », des cours d’écriture et de critique leur seront proposés. Du temps pas si lointain des bandes magnétiques, chaque film disposait d’une notice descriptive. À la faveur du chantier de numérisation, ces notices ont été reprises et enrichies : mise au format XML, travail d’éditorialisation (ajout des contextes historique, géographique, social...), suggestion de parcours thématiques, filmographie… Pas moins de dix documentalistes – à temps partiel pour certains – ont contribué à l’accompagnement de la migration numérique. Considérés comme des documentalistes-programmateurs, ils remplissent des tâches variées : politique d’acquisition, informatique documentaire, conception de cycles thématiques, suivi du droit d’auteur… Les documentalistes ont également été mis à contribution pour offrir de nouveaux modes d’accès aux documents. À côté du traditionnel moteur de recherche, le portail proposera une galerie d’images tridimensionnelle du type cover flow popularisée par Apple, ainsi qu’un plan de Paris sur lequel l’usager pourra cliquer et trouver des ressources par quartier, par rue ou par monument. À l’heure ou les institutions culturelles réfléchissent à la nature des services à offrir aux usagers, le Forum des images a décidé de bousculer son rôle de médiateur traditionnel. En proposant aux publics de se réunir en communautés d’utilisateurs, il prend acte des changements intervenus depuis quelques années en matière de consommation culturelle. C’est un fait, les usagers deviennent de plus en plus des producteurs de contenus et ne se contentent plus d’un statut de spectateur. Le succès des sites de partage de photographies et de vidéo, les millions de blogs créés chaque année sont là pour nous le rappeler. La voie est audacieuse mais elle vaut la peine d’être empruntée.
repères
dans la rue du Cinéma, une bibliothèque du 7e art
Jouxtant le Forum des images, et à quelques encablures du complexe UGC Cinécité, la bibliothèque du cinéma François Truffaut s’inscrit dans le projet de la Ville de Paris de créer une rue du Cinéma en plein coeur de la Capitale. Entièrement dédiée au septième art, cette bibliothèque spécialisée hérite des collections d’ouvrages de cinéma auparavant situées dans la bibliothèque André Malraux du 6e arrondissement parisien. Ce nouvel équipement reprend l’identité architecturale du Forum des images créée par Anouk Legendre, du cabinet X-Tu. Doté d’une surface de 1200 m2, son coût s’élève à 2,5 millions d’euros – travaux et équipements – dont une partie a été prise en charge par le ministère de la Culture sous forme de subvention. Les lecteurs seront accueillis par une équipede 14 personnes et pourront accéder à une collection riche de 17000 livres, 72 titres de revues, 6200 revues de presse, plus de 10000 cd et DVD ainsi que 3 abonnements à des bases de données.
vivement dimanche !
Comme les autres établissements du réseau municipal parisien, la bibliothèque François Truffaut offre la gratuité pour la consultation et le prêt de livres et de revues. Seul l’emprunt des CD et DVD est soumis à une inscription payante.La bibliothèque a adopté le système RFID pour simplifier les opérations de prêt et d’inventaire. Deux automates, l’un pour l’emprunt et l’autre pour le retour, seront à la disposition des usagers. Enfin, François Truffaut l’avait rêvé… la Ville de Paris l’a fait : la bibliothèque sera ouverte le septième jour de la semaine. Vivement dimanche!

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