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BPI.fr 3.0 : l'accessibilité d'abord

guillaume nuttin
archimag - février 2009

La Bibliothèque publique d’information (BPI), sise au Centre Pompidou de Paris, a lancé la troisième version de son site web le 15 décembre dernier. Accessibilité, qualités ergonomiques et réactivité éditoriale sont les trois axes structurants que cette institution unique en France a souhaité privilégier. Retour sur le projet.

«l'accessibilité pour les personnes handicapées était une spécification clé, tout en haut du cahier des charges », explique Marc Boilloux, webmestre de la BPI et l’un des principaux responsables du projet de refonte du site BPI.fr. La nouvelle version de BPI.fr, après celles de juin 1995 puis de mars 2004, annonce la couleur et se place sous le signe de l’accessibilité. Rien d’étonnant pour l’institution qui, depuis son ouverture en 1977, assure une mission de développement de la lecture publique ; grâce, entre autres, à l’animation du réseau des bibliothèques territoriales, l’action du service d’études et recherche, la gestion du consortium Carel, la mise à disposition de ressources en ligne ainsi que des actions en faveur des offres de lecture adaptées au handicap.
C’est tout naturellement sur les pages de BPI.fr que se prolonge cette mission. « Nous souhaitions nous mettre en conformité avec le RGGA », complète le conservateur de bibliothèque, qui administre le site web depuis trois ans. Mais alors, comment cette exigence se matérialise-t-elle dans cette nouvelle mouture du site ? Par le respect des recommandations émanant du W3C : liens clairs et concis, raccourcis clavier permettant d’accéder aux différentes rubriques et différents services, option d’ajustement de la taille des cadres et des polices, intensité du contraste des couleurs, synthèse vocale, etc. Ensuite, l’outil de gestion de contenu retenu à l’issue de l’appel d’offres, le système de gestion de contenu (CMS en anglais) Ametys [voir encadré technique] rend la démarche possible, ainsi que le confie le webmestre : « Anyware Technologies avait déjà développé une réflexion en ce sens et contribué à faire d’Ametys un CMS possédant des qualités en terme d’accessibilité ». Enfin, la cellule dédiée à la lecture et l’handicap de la BPI, dans laquelle travaillent deux non voyants, forte d’une expérience et d’une expertise incontestables, est partie prenante de la conception du site. Consultée à plusieurs étapes du projet, elle teste régulièrement interfaces et navigation.

 

chronologie

« Même si le projet s’est étalé sur deux ans, chaque phase s’est avérée très serrée, confie Marc Boilloux, webmestre de la BPI, et notamment la dernière, durant laquelle les contenus ont été saisis pendant que les derniers développements se terminaient ». Récapitulatif des différentes étapes.

  • Janvier-juin 2007 : Rédaction du cahier des charges reposant, entre autres, sur un recueil des besoins effectué en interne.

  • Mai-juillet 2007 : Parallèlement, réalisation d’une étude ergonomique et présentation des préconisations par Oliance, agence de conseil internet.

  • Juin-septembre 2007 : Phase de lancement du marché public. AnywareTechnologies remporte l’appel d’offres.

  • Janvier-septembre 2008 : Après une parenthèse administrative, phase de développement par Anyware Technologies. Implémentation du CMS Ametys et développements spécifiques.

  • Été 2008 : Formation des contributeurs par les soins d’Anyware Technologies.

  • Été 2008 à décembre 2008 : rédaction et mise en ligne des contenus.

  • 15 décembre 2008 : sortie officielle de la nouvelle et troisième version de BPI.fr

 

 


DR - l'accessibilité avant tout sur bpi.fr

tests d’interface

Autre aspect fondamental, l’ergonomie et la structuration de BPI.fr ont été totalement repensées. Déjà, en 2005, les groupes de discussion organisés par le service d’études et recherche de la BPI avaient pointé certains problèmes de navigation et notamment d’intitulés de rubriques prêtant à confusion. Appel est alors fait à la société de conseil Oliance,« ce qui n’aurait sans doute pas été le cas sans les conclusions des groupes consultés », estime Marc Boilloux. « Oliance nous a livré une série de préconisations très riches, qui nous ont beaucoup aidés pour concevoir la structure du nouveau site ». Ce ne fut pas la moindre de ses vertus, puisque cette étude a permis à la direction de la BPI de prendre en compte la charge d’administration technique et éditoriale du site. « Du coup, un poste supplémentaire vient d’être créé », confie dans un sourire celui qui était jusqu’ici seul à administrer le site. Concrètement, Oliance a permis de segmenter en huit grands types le public du site et d’attribuer à chacun d’eux un certain nombre de besoins, puis d’inscrire la réponse à ces besoins au sein de sept grandes rubriques – les sept onglets de la têtière.

priorité absolue au contenu

Cependant, en termes d’ergonomie comme d’accessibilité, « il y a des choses qui relèvent directement du CMS, note le webmestre, mais il y en a qui relèvent des contributeurs ». Car c’est là le dernier pan, et non le moindre, du projet : mettre en place une nouvelle dynamique éditoriale, passant par l’élargissement et l’implication accrue de l’équipe de contributeurs chargés de la rédaction et de la mise en ligne du contenu. Équipe élargie à une vingtaine de personnes, et composée des experts métier de chaque grand domaine de la BPI, sa production suit un circuit de validation complet et pertinent, permettant d’associer un référent par rubrique voire par sous-rubrique et ainsi de gagner en réactivité dans la mise à jour. Formations à la rédaction pour le web, point de repère plus qu’ utile ne serait-ce que par l’hétérogénéité des contributeurs et de leur expérience, et au référencement, donnant une idée sur les bonnes pratiques en termes de titres, de liens et de mots-clés, complètent ensuite cet aspect fondamental du nouveau fonctionnement du site.
Certes, flux RSS, diffusion audio et vidéo, mini-sondages sont également apparus, mais « on n’a pas cherché à faire quelquechose de révolutionnaire sur cet aspect web 2.0, explique Marc Boilloux. Bien-sûr, l’interactivité avec l’utilisateur s’en trouve renforcée, mais nous avons des priorités : ce qui compte avant tout c’est le contenu, sa qualité et sa fréquence de renouvellement. »


DR - De gauche à droite, Emmanuel Aziza, responsable du pôle services aux publics, Marc Boilloux, webmestre, Marc-André Grosy (debout) , responsable du service informatiques et techniques multimédias, Jérôme Villeminoz, responsable du service coordination bibliographaphique - cliquez pour agrandir

plus de technique

Java, XML, workflow, RSS, open source et autres choix stratégiques

« L’exigence de la part de la BPI d’une utilisation exclusive de la technologie Java a considérablement réduit le choix du CMS. Il n’y a quasiment qu’ Ametys qui remplisse ces conditions en France ». Pour Gauthier Ubersfeld, ingénieur d’affaires chez l’éditeur et intégrateur toulousain Anyware Technologies, aucun mystère derrière le choix du CMS, passé en open source depuis un an et pour lequel sa société développe une expertise unique. CMS qui, s’il ne constitue pas la seule composante du projet, n’en est pas moins le coeur. Son déploiement est complété par la refonte graphique et ergonomique de BPI.fr ainsi que par des développements spécifiques « consacrés notamment aux ressources linguistiques ou aux signets de la France contemporaine [présentés dans la rubrique La boîte à outils des professionnels, NDLR] ».
Le choix d’une technologie Java s’impose d’abord par cohérence avec l’ensemble du système d’information, « mais aussi car il s’agit d’un langage plus propre que le PHP, explique le jeune chargé d’affaire, qui s’adosse via Sun Microsystems à des standards solides ». Pas le moindre des mérites pour l’intégrateur, quand on sait que la plupart des CMS à vocation éditoriale – Typo3, Joomla, Spip... – reposent sur le langage PHP, ce qui pose problème aux directions informatiques soucieuses de maintenabilité.
Garant de l’interopérabilité en permettant notamment d’observer le format Docbook (1), la brique XML est elle aussi fondamentale. Elle permet en outre de satisfaire une exigence absolue de la BPI : via l’importation de fichiers bureautiques, de multiples contributeurs dénués de compétences informatiques spécifiques alimentent ainsi en contenu le nouveau site. « D’où l’importance de fonctionnalités avancées en terme de workflow », souligne Gauthier Ubersfeld. Et ce ne sont pas les seules. Les exigences particulières de la BPI requièrent de la part d’Anyware Technologies un certain nombre de développements spécifiques, « telle une gestion sur mesure des flux RSS portant sur un nouveau contenu éditorial, mais aussi les nouvelles manifestations et publications, et surtout les fonctionnalités d’identification et de panier, d’autant plus complexes à mettre en oeuvre qu’une grande variété de profils coexistent sur le site ».
À noter, enfin, le coût relativement faible du projet, de l’ordre de 100 000 euros, qui s’explique par la refonte uniquement éditoriale qu’il opère, excluant l’acquisition et l’implémentation de connecteurs et de métamoteurs. Mais aussi par le recours à une solution libre, « une tarification en licence par poste étant impensable en raison du grand nombre de contributeurs », estime l’ingénieur d’affaires.

(1) Docbook est à la fois un format SGML et un format XML totalement orienté sémantique permettant de structurer hiérarchiquement le document.
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