publicité
Accueil Archimag > magazines > Archimag n°221 > vol et trafic : les archives ne sont pas à l'abri


DR - organisé dans le cadre de la présidence française de l'Union européenne, le colloque Vol et trafic illicite d'archives a réuni, à Roubaix, des archivistes, des bibliothécaires, des juristes venus de toute l'Europe - cliquez pour agrandir

vol et trafic : les archives ne sont pas à l'abri

bruno texier
archimag - février 2009

De plus en plus de documents disparaissent des services d’archives français et européens. Un pillage qui doit autant aux larcins commis par des usagers extérieurs qu’aux malveillances internes. Échos du colloque dédié à ce sujet par la direction des Archives de France en novembre dernier.

la presse a d’autres chats à fouetter en matière de délinquance, pourtant les vols d’archives sont une réalité. Pire, ils sont en constante augmentation. Comme d’autres activités illicites, le trafic d’archives s’internationalise et profite à des filières qui ont bien compris la vulnérabilité des institutions archivistiques. La soustraction de documents y est bien plus facile que dans les bibliothèques et les musées…Cette tendance inquiétante a justifié, à elle seule, l’organisation d’un colloque européen pour faire le point sur la situation et envisager une riposte. À l’initiative de la direction des Archives de France (Daf), les Archives du monde du travail de Roubaix (Nord) ont accueilli les 20 et 21 novembre derniers une centaine de participants européens : des archivistes, bien sûr, mais aussi des bibliothécaires, des juristes, des policiers et des représentants du marché de l’art.
Au classement des pièces volées, les autographes sont les plus recherchés en raison de leur valeur sur les marchés légal et illégal. Selon Frédéric Castaing, président du Syndicat national de la librairie ancienne et moderne (Slam), « le marché des autographes est désormais marqué par l’apparition de prévisions à la hausse ou à la baisse comme à la Bourse ! On y fait des investissements et on y spécule avec des pièces qui, parfois, proviennent de vols dans les dépôts. Le marché des autographes apparaît comme une valeur refuge par rapport au marché de l’art traditionnel. Il est promis à un bel avenir… ». Les marchands d’autographes font figure de débouché naturel pour des pièces qui peuvent atteindre plusieurs centaines, voire plusieurs milliers d’euros. Mais ils refusent d’endosser la responsabilité d’un tel trafic et brandissent le livre de police dans lequel ils doivent désormais consigner l’identité des vendeurs et la description du document vendu. Paraphé par un commissaire, ce registre est censé assurer la traçabilité des documents vendus et achetés en librairie spécialisée.


vols d’initié

Loin de se limiter aux seuls autographes, le vol et trafic d’archives touche bien d’autres documents : cartes, dessins, photographies, documents généalogiques, sceaux, titres de propriété, timbres… Autant de pièces qui, écoulées sur le marché illégal, peuvent procurer aux voleurs des revenus juteux. Définir le profil type du voleur revient à poser des questions qui dérangent. S’il est vrai que des individus extérieurs aux services d’archives viennent piller les dépôts, il est également vrai que le vol est aussi le fait d’archivistes : « Les vols en interne sont énormes ! », affirmait même un congressiste. Ces vols d’initié ne sont d’ailleurs pas contestés par la communauté archivistique. Selon une étude menée par le European Archives Group (EAG), 21 % des soustractions d’archives seraient des vols d’initié… Un chiffre qu’il convient de prendre avec précaution car de nombreuses institutions contactées par l’EAG ont refusé de communiquer sur le sujet. Certains archivistes n’hésitent pas à parler de tabou en raison des réticences des institutions à évoquer une délinquance peu reluisante pour leur réputation.

disparitions

L’étude de l’EAG a permis d’évaluer l’ampleur du phénomène et dresser une typologie des voleurs, internes et externes. Elle fait apparaître que 41 % des institutions archivistiques sont confrontées au vol et que les auteurs se recrutent dans tous les milieux. À la lumière de ces résultats, certains observateurs affirment que la notion de vol d’initié doit être relativisée : qui dit vol en interne ne dit pas forcément vol commis par des archivistes. En effet, de nombreux corps de métier interviennent dans les dépôts : informaticiens, personnel d’entretien, prestataires divers… Et l’on sait que des disparitions d’archives sont constatées lors de travaux ou à l’occasion de déménagements.

agents commissionnés

Les responsables d’archives réunis à Roubaix sont intarissables sur les méthodes employées par les voleurs d’archives. À Copenhague, des caméras de surveillance ont saisi la virtuosité d’un certain M. Bellwood aussi habile à jouer de la lame du rasoir pour découper des cartes d’atlas qu’à déjouer la vigilance du personnel de sécurité. Jusqu’à ce jour de janvier 2001 où,  pris sur le fait, l’homme finit par reconnaître une série de vols commis dans d’autres institutions archivistiques et bibliothécaires. Pour l’ensemble de son oeuvre, M. Bellwodd a écopé de quatre années d’emprisonnement. Pour autant, il est parfois difficile d’affirmer qu’une archive disparue est une archive volée. Certaines sont égarées ou déplacées et la traçabilité des documents laisse parfois à désirer. Bons connaisseurs de ces failles, les individus soupçonnés de vol ne manquent jamais d’utiliser un argumentaire bien rodé : « Quelle preuve avez-vous que les archives disparues ont été volées ? ».
Les archivistes sont bien en peine d’avoir trouvé la parade. En 2002, la direction des Archives de France a diffusé une instruction pour sensibiliser ses personnels : interdire l’accès des magasins au public, ne pas laisser de documents dans le petit dépôt situé à proximité des usagers, estampiller les pièces les plus précieuses, sécuriser les lieux… Certains agents ont également été commissionnés, ce qui leur permet de procéder à un constat de vol en attendant la fouille qui, elle, doit être effectuée par un officier de police. Mais, comme le reconnaît, Hélène Servent (Daf), « la législation nationale est insuffisante face à l’internationalisation du trafic d’archives ».

revendication d’archives

À l’unanimité, les archivistes estiment que la meilleure riposte se jouera au niveau européen plutôt qu’à l’échelon national. Le responsable de la sécurité de la Bibliothèque royale du Danemark, Jesper During Jörgensen, ne manque pas de remarquer que « les voleurs se déplacent plus rapidement dans les pays européens que ne le font les directeurs d’institution ! ». Une façon de pointer la lourdeur des procédures administratives et judiciaires face à la vivacité des délinquants qui chapardent dans un pays et écoulent leur butin dans un autre. Difficulté supplémentaire, la revente de documents sur certains sites de vente en ligne ne fait qu’amplifier ce marché illicite. Elle rappelle également que la traque doit se poursuivre sur internet. Comme d’autres institutions européennes, la direction des Archives de France a mis en place une politique de revendication d’archives qui lui permet de faire valoir ses droits imprescriptibles et inaliénables sur des documents publics. Mais, à multiplier les procédures de prévention contre le vol, les services d’archives risquent d’être confrontés à un autre problème soulevé par les archivistes eux-mêmes : « Notre mission de communication au public va se heurter aux impératifs de sécurité… »

repères

l'affaire Fiey ou le pillage de masse

« Il était très sympathique, n’avait rien à voir avec le profil traditionnel du voleur, et avait su se faire apprécier des archivistes… », s’amuse l’inspecteur principal Dorao, de la police judiciaire fédérale belge. Jean-Marc Fiey, 60 ans, cachait bien son jeu sous des allures passe-partout. Il n’en a pas moins commis un colossal pillage dans des dépôts d’archives français – à Paris, Marseille, Bordeaux… – et belges. La police a retrouvé 6000 documents chez un premier receleur puis 20000 chez un autre! « Encore, cela n’est-il qu’un reliquat, puisque d’autres pièces ont été vendues depuis une dizaine d’années », précise l’inspecteur.
Si toutes ces pièces volées ne peuvent être attribuées au seul Fiey, les policiers estiment que sa responsabilité est engagée sur de très nombreux documents. Véritable cador de la fauche archivistique, Jean-Marc Fiey a longtemps déjoué les moyens de prévention habituels : estampillage, inventaire, surveillance physique… Trop gourmand, il fut appréhendé alors qu’il dissimulait une soixantaine de documents à l’intérieur de ses vêtements. Son procès est en cours.

    Envoyer &agrave un ami
 

Flux RSS IT : Ajouter à Netvibes - Ajouter à Google

<

Flux RSS Métier : Ajouter à Netvibes - Ajouter à Google

<

Flux RSS livres blancs : Ajouter à Netvibes - Ajouter à Google

<

Flux RSS derniere minute : Ajouter à Netvibes - Ajouter à Google

<