l’information est passée presque inaperçue : Encarta, l’encyclopédie de Microsoft, sera définitivement arrêtée d’ici quelques mois. Les CD et DVD cesseront d’être commercialisés dès le mois de juin prochain, tandis que les différentes versions en ligne d’Encarta fermeront progressivement leurs portes avant la fin de l’année. La récession économique n’explique qu’en partie la décision de Microsoft. L’éditeur a, certes, supprimé cinq mille postes pour réduire ses coûts. Mais il a également pris en compte les nouvelles pratiques des internautes : « La catégorie des encyclopédies traditionnelles et des équipements de référence a changé. Aujourd’hui, les gens recherchent et consomment de l’information de manière différente des années précédentes », reconnaissait Microsoft dans un communiqué publié au mois de mars.
Au même moment, les éditions Le Robert annonçaient le lancement de leurs principaux dictionnaires sur internet… en mode payant. Une initiative audacieuse à l’heure où la gratuité semble s’imposer sur presque tous les services dédiés au grand-public. Plusieurs formules sont proposées aux internautes : un abonnement de trois mois au Petit Robert et au Grand Robert & Collins sera facturé 9 euros par mois ou 24 euros par an. Quant au Grand Robert, son accès sera conditionné à un abonnement de 48 euros par an. Des tarifs assez élevés que le directeur éditorial des éditions Le Robert, Laurent Catach, justifie par la plus-value de l’édition numérique : nouvelles possibilités de recherche, mises à jour régulières des contenus, fonctions de prononciation… L’éditeur proposera en outre aux possesseurs de téléphones mobiles plus sophistiqués d’accéder à ses contenus, histoire de profiter de l’engouement des consommateurs pour ce type d’appareils nomades.
grille tarifaire
Difficile de dire avec certitude ce que les internautes seront prêts à payer pour profiter des richesses linguistiques des dictionnaires Le Robert. Ou s’ils seront prêts à payer, tout court.
Optimiste, Marianne Durand, directrice générale des éditions Le Robert, vise dix mille abonnés à la fin de 2009. À cette échéance, l’éditeur devra faire ses comptes et probablement réajuster sa grille tarifaire si cet objectif n’est pas atteint.
De son côté, l’Encyclopaedia Universalis continue de croire en sa bonne étoile et au mode payant. « Nous continuons sur cette voie, explique Denis Fasse, responsable de la communication ; nous devons payer nos auteurs et la maintenance de nos différents sites ». Pour ses quarante ans, l’encyclopédie a récemment commercialisé une édition bénéficiant d’une profonde refonte, aussi bien sur le fond que sur la forme : réécriture partielle ou totale de certains articles, moteur de recherche couplé à un index éditorialisé capable de déjouer les pièges de la polysémie, nouvelle interface de navigation. L’excellence a un coût : 139 euros pour un premier achat, 69 euros pour une mise à jour.
principe économique
Encarta a-t-elle été victime de Wikipédia et de son modèle économique gratuit ? À en juger par le succès de l’encyclopédie collaborative, septième site le plus consulté du monde, il semble bien que oui. Les internautes ont pris l’habitude d’y aller pour trouver un premier niveau d’information. Et s’ils n’y vont pas spontanément, Google a de fortes chances de les y envoyer tant Wikipédia figure parmi les premières réponses du premier moteur de recherche mondial ! Le Robert et l’Encyclopaedia Universalis feront-ils, à leur tour, les frais de la gratuité érigée en principe économique ? À ce jour, les deux éditeurs continuent sur leur lancée sans remettre en question leur modèle économique. Il est vrai que leur capital de crédibilité fait l’unanimité, alors que Wikipédia est couramment, et souvent injustement, montré du doigt pour ses dérapages et ses approximations. Gratuit contre payant, la cartographie des encyclopédies et dictionnaires en ligne n’est pas encore dessinée.