tout le monde connaît Figoblog, le fameux « blog sur internet, la bibliothéconomie et la confiture de figues », précurseur parmi les biblioblogs. Mais qui connaît Emmanuelle Bermès ? Biblioblogueuse pionnière, la jeune femme est aussi experte opérationnelle à la BNF en terme d’évolution des métadonnées de bibliothèques vers le web sémantique. D’ailleurs, blog et activité professionnelle au sein de la prestigieuse institution sont étroitement liés, voire consubstantiels. « Je réalisais de nombreux rapports de veille à la demande de Catherine Lupovici, ma supérieure en arrivant à la BNF, au département bibliothèque numérique, relate la Lorraine d’origine. Par manque de temps, j’ai alors décidé de me servir d’un blog comme outil de veille personnelle ». Outil tout à fait approprié à une telle démarche, « car rédiger est fondamental pour la veille : c’est par la rédaction qu’on la comprend et qu’on lui donne du sens ».
C’est de façon fonctionnelle et autonome que l’actuelle chef du service prospectives et services documentaires achève de compléter sa double expertise – archiviste -paléographe et conservatrice des bibliothèques – par une expertise numérique, « ces premières années à la BNF correspondant à une période d’activité intense et de foisonnement pour Figoblog, que je délaisse un peu aujourd’hui ».
Cet intérêt pour la médiation numérique se déclare en 2001, au cours d’une vacation à l’École des Chartes, dédiée entre autres à la création de la base de données Estampes, réalisée dans la lignée de ses travaux de chartiste. « C’est d’ailleurs là que j’ai rencontré mon compagnon », glisse Emmanuelle Bermès dans un sourire. Recrutée fin 2003 à la BNF, ses premiers projets concernent Gallica, au sein d’une démarche mariant réflexions en terme de numérisation et d’ergonomie web : « À mon arrivée, j’ai d’abord contribué à mettre en place une numérisation des journaux par fascicule et non par période, permettant ainsi une navigation aisée via notamment des outils de zoom et de calendrier ». Mais c’est surtout l’arrivée de l’OCR à la BNF qui caractérise ses débuts dans l’institution, « où il n’est pas aisé de mettre des choses en place », explique la jeune femme, osant la comparaison avec « un paquebot qu’il faut réussir à manoeuvrer afin d’éviter l’iceberg, car ici, nous sommes obligés d’anticiper les projets sur 3 à 5 ans, on ne peut pas se planter ! ».
Depuis avril 2008, après le départ de Catherine Lupovici pour Europeana, la bibliothèque numérique européenne, Emmanuelle Bermès est à la tête d’un service opérationnel de trente personnes, chargé de la prospective sur les questions numériques, mais également des travaux de normalisation – notamment du RDA, « peut-être le format de catalogage de demain » et de l’OAIS – ainsi qu’aux tâches régaliennes de la BNF de gestion nationale de Rameau (Répertoire d’autorité-matière encyclopédique et alphabétique unifié) et de l’ISSN.
Maman pour la deuxième fois depuis quelques mois, cette Parisienne d’adoption ne se repose jamais, son goût du défi ne lui en laissant pas le temps – elle a ainsi vaincu une timidité maladive à grands coups de formations et d’interventions en conférences et journées d’étude.