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DR - Sophie Philippet et Myriel Brouland d'Ourouk, Thierry Mérel et Emmanuelle Jouineau de la fondation Jean-Jaurès, l'équipe-projet au grand complet

la fondation Jean-Jaurès numérise l’hebdomadaire « L’Unité »

guillaume nuttin
archimag - mai 2009

L’intégralité des numéros de l’hebdomadaire socialiste L’Unité, paru entre 1972 et 1986, vient d’être mise en ligne par la fondation Jean-Jaurès à l’issue d’un projet de numérisation patrimoniale mené main dans la main avec le cabinet de conseil Ourouk. Retour sur un projet complexe pour lequel sympathie et complicité entre maître d’ouvrage et maître d’oeuvre constituent les bases du succès.

« la base de données de L’Unité est exceptionnelle : 672 numéros, environ 30 000 articles, parus de janvier 1972 à décembre 1986. Avec une recherche aisée, par mot-clé, par nom, etc., on retrouve chaque numéro en PDF, et chaque article est consultable en mode texte, que l’on peut copier, citer… Un excellent travail qui nous incite à revisiter l’histoire de la presse militante ». Ces propos de Patrick Éveno, maître de conférence à l’université de Paris 1 Panthéon- Sorbonne et historien de la presse, permettent de saisir l’intérêt pour les chercheurs d’une mise à disposition sur le web de tels fonds.
La vocation de ce projet de numérisation de longue haleine – les premiers travaux débutèrent en 2003 – est avant tout de servir la recherche, ainsi que le précise Myriel Brouland, une des deux consultantes du cabinet Ourouk responsable de la mission : « Il s’agit d’une démarche fondamentalement différente de celle réalisée par Le Temps, par exemple. On reste ici dans le cadre d’une démarche de think tank [cercle de réflexion], conformément à la mission de la fondation Jean-Jaurès ». Même son de cloche du côté des archivistes de la fondation, Thierry Mérel soulignant « une réflexion se fondant bien davantage sur le contenu que sur l’aspect cosmétique, même si on commence à penser référencement » lorsque lui sont avancés les inconvénients d’un temps de chargement important ou d’une incompatibilité avec le navigateur Firefox.

des synergies pour rester fidèle à soi-même

C’est donc une synergie toute particulière qui se met en place entre le cabinet de consultants et la fondation : « Encore plus que pour tout autre projet, se préoccuper de la technologie et de la forme sans s’intéresser au fond et au sens aurait constitué une énorme erreur, explique ainsi Myriel Brouland, la compréhension de la culture de l’organisme s’avère indispensable ».
Synergie entre maître d’ouvrage et maître d’oeuvre, à l’image de la fameuse sympathie de l’historien pour son objet d’étude, « qui nous a fait écarter certains acteurs majeurs du marché en raison de sa démarche purement commerciale et malgré la qualité de ses prestations techniques », se rappelle ainsi Emmanuelle Jouineau, un des deux archivistes de la Fondation.
Détail significatif de cette confiance réciproque, c’est dans les locaux d’Ourouk que sont hébergés les 15 gigaoctets de la base de données L’Unité.
La numérisation elle-même s’avéra fastidieuse, nécessitant « du sur-mesure, n’imposant pas d’autre choix que le cas par cas » rapporte la consultante, et apportant une justification supplémentaire au travail effectué main dans la main par les deux structures de taille comparables. En effet, l’hebdomadaire présente au long de ses quatorze années d’existence trois maquettes très différentes , témoignant chacune de mises en forme exotiques – encarts aux couleurs et aux formes variables, rubriques mouvantes, etc. – et interdisant toute industrialisation du processus.
Sans rentrer dans le détail, c’est l’outil Newsclip, doté d’un moteur d’OCR, permettant notamment l’extraction de quelques-unes des métadonnées les plus importantes – titre, auteur, chapeau… –, qui est utilisé. « Ce n’est pourtant pas la numérisation elle-même qui fut l’opération la plus longue, complète Myriel Brouland ; relecture et indexation prirent beaucoup de temps ». Par volonté de rester collé à une vision terminologique et conceptuelle très spécifique, un thesaurus – « en fait davantage un plan de classement » – est récupéré et utilisé, « mettant en lumière des candidats descripteurs non dénués de cocasserie, se remémore Myriel Brouland dans un sourire, tels “Danièle” ou “Château-Chinon” »

repères

le Centre d'archives socialistes, un cas à part dans le monde des archives

« Un militant politique vit dans l’action. Souvent ses documents de travail ne sont pas conservés durablement. ». Pour Emmanuelle Jouineau, archiviste au CAS, la lutte contre l’éparpillement constitue la majeure partie des dix années d’activité de ce centre unique en son genre. Né en 1999 de l’accord signé deux ans plus tôt entre la fondation Jean-Jaurès et les instances du parti socialiste, le CAS constitue le seul centre d’archives français géré par une fondation politique. « C’est non seulement au siège du Partie socialiste, rue Solférino, mais aussi dans les caves des sections, les greniers des fédérations et les fonds de tiroir des militants que nous récoltons ces archives produites depuis le congrès d’Épinay en 1971, mais qui parfois remontent à la période précédente de la SFIO », détaille Emmanuelle Jouineau, esquissant la difficulté de la tâche, sans doute encore plus ardue pour une formation politique qui parfois n’a pas hésité à faire table rase du passé.
Externalisé jusqu’à la création du CAS, le principal fonds conservé au 6, cité Malesherbes à Paris est celui des archives de la direction nationale du Parti socialiste, auquel s’ajoutent une quinzaine de fonds privés de militants et de dirigeants socialistes, des collections de presse, de tracts et de brochures, un millier d’affiches et près de 30000 photographies et plus d’un millier d’affiches, le tout stocké sur près de 1,5 km linéaires. Ce centre d’archives est géré par Emmanuelle Jouineau et Thierry Mérel, issus de la formation d’archiviste de l’université d’Angers et recrutés en 1999 par la fondation Jean-Jaurès pour lancer et animer cette nouvelle structure. Tous deux se font également médiateurs entre les producteurs de ces fonds – « sensibiliser à l’importance des archives et de leur conservation est important pour nous, ce qui n’est pas facilité par notre situation hors des murs de la rue Solférino, mais nous y avons trouvé de bons relais » – et leurs utilisateurs, essentiellement des historiens et des chercheurs, mais aussi le monde de l’édition. En cela, le CAS est on ne peut plus conforme à la vocation de think tank de la Fondation. Présentant les problématiques d’un centre d’archives privé, très différentes de celles des centres d’archives publics, le CAS est membre de l’Association des archivistes français (AAF), mais il revendique également son appartenance au Codhos, le Collectif des centres de documentation en histoire ouvrière et sociale. Fédérant diverses institutions – centre d’archives privées et publics, bibliothèques et centres de recherche, issus du monde syndical et politique, et universitaire… – le Codhos, association née en 2001, tente de remédier à la dispersion des sources de l’histoire du monde ouvrier via la mise en commun des expériences et des ressources.

Pour aller plus loin : Centre d’archives socialistes, cas@jean-jaures.org  


DR - cliquez pour accéder au site et aux exemplaires numérisés de L'Unité

L'Unité, un organe de presse pour imposer François Mitterand à la tête du PS

C’est en pleine crise de la presse, en ce début des années 1970 – érosion prononcée du tirage des grands quotidiens nationaux, disparition de nombreux titres… –, que paraît le premier numéro de l’hebdomadaire L’Unité. Bien que destiné à appuyer François Mitterrand, récent premier secrétaire du Parti socialiste depuis le congrès d’Épinay, dans sa lutte pour l’accession au pouvoir, L’Unité n’en présente pas moins les caractéristiques d’un vrai titre de presse indépendant. Autour de son directeur Claude Estier, ancien rédacteur au Monde, se rassemblent une dizaine de journalistes dans des locaux bien distincts de ceux du PS. Tirant jusqu’à 40 000 exemplaires par semaine, le journal ne se survit pas à une situation financière périlleuse – ainsi qu’à l’ancrage de Mitterrand à la tête du pays et du PS – et disparaît au lendemain de la défaite socialiste aux législatives de 1986.

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