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nouvelles de la guéguerre des normes en infodoc

guillaume nuttin
archimag - septembre 2009

La démarche normative en infodoc est l’objet de multiples enjeux à l’heure actuelle. Trop chères, soumises aux intérêts du business, concurrencées par le foisonnement des formats, les normes sont attaquées de toute part. Dans cette guerre des standards qui – semble-t-il – fait rage, Archimag vous apporte les nouvelles du front.


«la base descriptive du logiciel d’un éditeur peut être utilisée par le logiciel d’un autre grâce au respect de cette norme. Par exemple, les archives départementales du Cantal viennent d’ouvrir un portail de recherche fondé sur l’un des modules de notre offre, Mmesys Recherche, exploitant directement les bases descriptives XML-EAD issues d’un autre logiciel, Arkhéïa ». En quelques mots et avec la référence à une situation concrète, Alexis Moisdon, le directeur général de Naoned Systèmes, met la lumière sur les gains induits par les normes, en n’en évoquant certes qu’un seul : l’interopérabilité des systèmes. Si la démarche normative est par essence au service du métier et de ses bonnes pratiques, fournissant, selon la définition de l’Unesco, pour des usages communs et répétés, des règles garantissant un niveau d’ordre optimal, la réalité, au moins dans le petit monde de l’infodoc, reste plus complexe.

guerre terminologique

Dans le panorama des standards existants en terme de gestion documentaire réalisé par la direction générale de l’Enseignement supérieur, pas moins d’une demi-douzaine de statuts différents coexistent. Comment s’y retrouver entre norme homologuée, standard international, norme internationale, recommandation officielle française, norme expérimentale, fascicule de documentation… ?
Par ailleurs, Jean-Philippe Accart, dans son ouvrage Le Métier de documentaliste, utilise indifféremment les termes norme, standard et format, parlant ainsi de « format Iso 2079 » et de « norme XML ». Cet imbroglio terminologique s’explique notamment par la diversité des organismes impliqués dans l’élaboration des standards de l’infodoc. On y trouve une association, l’Ifla, un consortium, le W3C, des organisations non gouvernementales, l’Iso et l’Afnor, ainsi qu’un réseau, l’ISSN.
Cette nébulosité terminologique entraîne d’autres insuffisances. Première d’entre elles, le contraste entre souplesse et importance d’une pratique et méconnaissance de sa facette normative, ainsi que le souligne Dominique Lahary, directeur de la bibliothèque départementale du Val d’Oise : « Si le format Unimarc est bien connu en tant que schéma logique, la norme Iso 2709, selon laquelle les notices sont réellement échangées dans le monde des bibliothèques, l’est assez peu, y compris du monde informatique, en raison de son exceptionnalité ». Tout l’intérêt des normes se désagrège dans ces conditions.
Un nécessaire effort de communication et de sensibilisation est à produire, ainsi que l’appelle de ses voeux Raymond Bérard, président de la commission générale « Information et documentation » de l’Afnor : « Puisque la normalisation est perçue trop souvent comme un ensemble rébarbatif de vocabulaires et de sigles, puis comme une organisation complexe, nous concevons ces réunions comme des moments qui doivent se traduire par une série d’actions destinées à faire prendre conscience de l’intérêt de cette question à des professionnels, bien au-delà des experts eux-mêmes ».
Rien d’étonnant alors dans le constat d’une absence quasi totale de la démarche normative au sein des formations aux métiers de la documentation. Comme le déplorait Sonia Bosc, de la direction générale de l’Enseignement supérieur, en janvier 2009 dans les colonnes de Norm’Actu, « on peine à trouver une formation théorique à la dimension économique et stratégique des normes, qui mette l’accent sur l’aide qu’elles peuvent apporter non seulement en interne mais aussi vis-à-vis de l’extérieur, dans les négociations que mènent les responsables de services ou d’établissements avec leurs tutelles, leurs financeurs ou à l’occasion de marchés publics. Dans d’autres pays, on sait que c’est une thématique familière, couramment portée par les organisations professionnelles ».

guerre économique

Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Le versant le plus prégnant, le front le plus actif dans cette guerre des normes, est bel et bien économique. Contrairement aux textes législatifs et réglementaires, gratuits et disponibles en ligne, les normes sont payantes, d’aucuns diraient même qu’elles sont chères. Le prix moyen d’une norme individuelle Afnor se situe autour de 50 euros, pour une moyenne de 30 pages. Mais ce n’est pas tout ; les auteurs de la norme, professionnels adhérents à l’Afnor, ne sont pas rémunérés et doivent payer pour participer aux groupes de travail, ainsi qu’en témoigne Jean-Yves Peyrel. Le directeur d’alliances et partenariats de Xerox Global Services, s’il ne dément pas l’intérêt commercial d’une démarche de certification – « les normes, au coeur de l’activité de XGS, rendent notamment possible l’externalisation near-shore » – se remémore les frais de sa participation avec l’Aproged [Association des professionnels du numérique] Ã  la révision de la NF Z 42013 : « Ce qui coûte cher, ce n’est pas forcément l’achat du livre dans lequel figure la norme, mais aussi et surtout de participer à la rédaction de la norme ». Début juin 2009, le thème de la journée d’étude Bibliothèque nationale de France (BNF) et Afnor-commission générale « Information et documentation » était d’ailleurs intitulé « À qui profite la normalisation documentaire ? ». Il en ressort essentiellement que la normalisation constitue un enjeu vital pour les industries culturelles, du fait de la spécificité de leur objet, à savoir le marché des oeuvres reproduites techniquement. Les problématiques de diffusion, d’ayant-droit, ainsi que de pérennité de l’oeuvre et d’interopérabilité induites par les processus de dématérialisation requièrent de s’appuyer sur un socle normatif solide et efficace. Et pourtant, le détail des activités de standardisation d’une structure fonctionnelle, réalisé par Françoise Bourdon, adjointe au directeur du département de l’information bibliographique et numérique de la BNF et animatrice à l’Afnor de la commission « Modélisation, production et accès aux documents », souligne bien qu’en pratique l’activité de standardisation en plus de s’avérer chronophage, présente une valeur ajoutée plus que limitée : « En 2008, au sein de notre département, l’activité de normalisation a été estimée à 506 jours de travail ; 23 agents de ce département, soit un tiers de ses effectifs, participent à ce type d’activité au niveau national ou international. Le département va être amené à resserrer son investissement sur les sujets directement liés à ses propres activités ». La conclusion générale de la journée d’étude enfonce le clou et insiste sur le fait que « la direction de la BNF s’interroge sur le retour sur investissement du très large engagement de ses équipes dans les travaux de normalisation ».

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