Nathalie Kosciusko-Morizet sait y faire en matière de e-réputation. Secrétaire d’État chargée du développement de l’économie numérique, elle est l’une des premières personnalités politiques à avoir investi les réseaux sociaux pour y vanter ses actions… et y parler de sa vie privée. C’est en effet sur Twitter qu’elle annonce, au mois d’avril dernier, sa grossesse : « Il paraît que… ». Suivi d’un lien vers sa page Facebook : « Alors voilà c’est vrai, je suis enceinte. Mon mari et moi sommes très heureux. J’accoucherai cet été ». Reprise en boucle par les médias traditionnels, cette information, née d’abord sur internet, a conforté l’image d’une jeune femme moderne, accessible et à l’aise avec les outils du web 2.0.
profil typique
Il faut dire que Nathalie Kosciusko-Morizet possède un profil qui prédispose aux usages numériques : diplômée de la prestigieuse École polytechnique, soeur du fondateur de Priceminister, curieuse de toutes les innovations technologiques, NKM ne détonne pas dans l’environnement numérique. À ce jour, elle compte plus de 7 000 suiveurs sur Twitter et plusieurs autres milliers d’amis sur Facebook. Cela n’est pas encore un parti de masse, mais nul doute que Nathalie Kosciusko- Morizet saura mobiliser ces milliers de relais d’opinion, a priori favorables, quand l’occasion s’en fera sentir. Nicolas Sarkozy, quant à lui, est moins précoce que sa secrétaire d’État. Cependant, il est en passe de rattraper le temps perdu. Depuis plusieurs semaines, il alimente régulièrement son profil Facebook, où il compte près de 150 000 supporters. Mais le plus important est ailleurs. À l’Élysée, la cellule internet accueille désormais cinq collaborateurs, dont la moyenne d’âge ne dépasse pas, dit-on, les 25 ans. Le site Elysee.fr deviendra bientôt « une véritable plateforme d’échanges, selon Franck Louvrier, le conseiller en communication du président de la République ; nous voulons qu’Elysee.fr soit une source d’informations pour l’ensemble des Français et aussi en faire un média leader qui produise de l’information ». Nicolas Sarkozy prend d’ores et déjà ses marques pour les élections présidentielles de 2012, pariant que l’opinion se fera sur le web.
virginité numérique
Tout le personnel politique n’est cependant pas aussi actif sur le web, loin de là. Si une dizaine de membres du gouvernement disposent d’un compte Twitter, peu sont des utilisateurs réguliers. Il est d’ailleurs probable que les ministres confient le soin de Twitter à leurs conseillers… Du côté des entreprises, en revanche, il semble que les choses aillent plus vite : « La demande de veille orientée e-réputation est une réalité depuis deux ans et elle concerne aussi bien les marques que les dirigeants d’entreprise », selon Philippe Torloting, responsable des médiaux sociaux au sein de Performics. Cette agence, rachetée en 2008 par le groupe Publicis à Google pour un montant de 53 millions de dollars, propose « une expertise à 360° du marketing digital » : référencement naturel et payant, études en ligne, gestion de la réputation en ligne. Cette dernière activité se fait au profit de clients dont les activités sont, par nature, très exposées aux critiques des internautes : Nestlé, L’Oréal, Center Parcs, Yves Saint-Laurent, Pierre & Vacances… Pour Philippe Torlotting, même les marques les plus attaquées peuvent se refaire une virginité numérique : « L’un de nos clients, une marque très connue de ventes privées, avait un sérieux problème de e-réputation ; 80 % des résultats remontés par Google étaient négatifs ! Les plaintes les plus courantes portaient sur la mauvaise qualité des produits et le non-respect des délais de livraison… Le mot “arnaque” était souvent associé à cette marque. Nos community managers [gestionaires de communautés] ont alors pris contact avec quelques blogueurs influents et mécontents afin de les informer que leurs points de vue étaient pris en considération. Les blogueurs sont généralement flattés d’être contactés par notre agence ; cela les valorise. En quelques mois, la réputation de la marque s’est sensiblement améliorée. Mais la e-réputation ne peut s’améliorer que si le produit lui-même s’améliore ».