la prolifération d’une offre de contenus en ligne abondante et gratuite, la progression du géant Google et la montée en puissance de ses outils Google News et Google News Archive Search finiront-ils par tuer les agrégateurs de presse ? La question n’est pas nouvelle. Les agrégateurs s’y sont habitués et n’ont de cesse de rappeler qu’ils ne se sentent pas menacés. « Je n’ai pas le souvenir d’une seule affaire que nous ayons perdue à cause de Google », insiste par exemple Pierre- Henri Chaix, directeur des activités presse d’EDD (ancienne Européenne de données). « Depuis notre création, nous ne nous sommes jamais départis du modèle payant, explique-t-il ; l’arrivée de l’offre gratuite n’a fait que valider ce modèle en rendant même nos partenaires éditeurs plus sensibles à nos propositions ».
Même son de cloche du côté de Dow Jones Factiva, où Florence Lefevre, directrice des ventes pour les professionnels de l’information, ajoute que « les entreprises doivent être conscientes que l’information gratuite ne l’est pas vraiment. Le temps passé à chercher une information gratuite a un coût. Les mauvaises décisions associées à des informations erronées peuvent aussi être destructrices de valeur ». Sans oublier que les agrégateurs trouvent dans la personne de certains éditeurs des alliés de poids : d’après Florence Lefevre, les partenariats représentent « une source de revenus dérivés qui peut devenir importante ».
un marché mature, qui reste en croissance
Pour l’instant, le marché de l’agrégation semble bien résister à l’arrivée de contenus gratuits. Les chiffres en attestent. Selon une recente étude SerdaLab, la croissance du segment de l’information presse professionnelle – comprenant les agences de presse, les agrégateurs et les sociétés effectuant de la veille sur les médias – a certes faibli mais elle reste vigoureuse, en grande partie tirée par le segment des agrégateurs de presse. Le marché de l’information presse a progressé de 8,7 % en 2007 (à 252 millions d’euros), après une croissance de 15,6 % en 2006.
Mais le paysage a sensiblement évolué durant ces dernières années, témoignant du souhait des principaux acteurs de consolider leurs offres. Quelques exemples : Cedrom-SNI – éditeur du service Europresse.com – a racheté Diva-Press au groupe Finintel en 2004. Lexisnexis a, quant à lui, acquis l’éditeur français de logiciels de veille Datops fin 2006, et Proquest a repris Thomson Reuters Dialog en 2008.
nouveaux contenus
Pour répondre à l’évolution de la demande, les principaux agrégateurs élargissent le panel de sources surveillées. Chez EDD, les déclinaisons en ligne des principaux quotidiens et magazines francophones ont ainsi été référencées, de même que certains nouveaux contenus rédactionnels issus du web – les sites Agoravox, Médiapart, Bakchich et Rue89 sont entrés au catalogue de cet agrégateur dernièrement. Dow Jones Factiva a pour sa part ajouté à sa plate-forme de nouveaux « contenus temps réel » et des données provenant de News Corp, sa maison mère, propriété de Rupert Murdoch. Et Thomson a lancé en juin 2009 une nouvelle interface, dénommée Dialog NewsRoom Plus, où sont fédérés des contenus classiques avec des données multimédias issues du web, parmi lesquelles des vidéos. Autre évolution : le web communautaire, ou social, a fait son entrée aux côtés des sources presse. Citons Lexisnexis, qui propose aux entreprises un service web influence tracker, pour suivre les commentaires publiés sur une liste de deux mille blogs influents, dans dix langues et douze pays. De les suivre mais aussi d’apprécier leur importance. Un système de notation maison (influence rating) attribue à chaque blog surveillé un score d’influence, permettant de pondérer, dixit Lexisnexis, « l’influence positive ou négative des messages postés par les internautes ».
nouveaux services
Parallèlement, les plates-formes technologiques ont évolué. « En complément des contenus, Dow Jones offre désormais à ses clients des outils pour la création de newsletters, la diffusion de l’information via des widgets ou un nouvel explorateur de concepts permettant de repérer des concepts associés à partir de quelques mots-clés », signale Florence Lefevre, avant d’ajouter que l’entreprise a ouvert sa propre communauté, Dow Jones Idea Share, pour faciliter les retours clients.
En juin 2009, son concurrent Cedrom- SNI a annoncé de nouveaux connecteurs vers les logiciels de trois partenaires éditeurs – Adequate Systems, AMI Software et Archimed. Objectif : faciliter l’utilisation de sa base de données Europresse.com à partir de leurs logiciels de veille et de gestion de l’information.
montée en gamme
Enfin, la palette de services associés qu’offrent les agrégateurs de presse aux entreprises tend à augmenter. « Il n’est plus suffisant d’agréger des contenus aujourd’hui, confie Ruth Martinez, déléguée générale du GFII, le Groupement français de l’industrie de l’information ; tous les agrégateurs l’ont compris et ils développent de plus en plus d’autres services à plus forte valeur ajoutée ». De la même manière que les prestataires de veille des médias intervenant en aval de l’agrégation (l’Argus de la presse, Press Index ou TNS Media Intelligence, l’acquéreur du français Presse+ en 2005). Ceux-ci sont déjà « passés de l’analyse quantitative des contenus à une analyse qualitative », selon Nicolas Jaunet, responsable marketing et communication de l’Argus de la presse. Il rappelle qu’ils aident « désormais les entreprises à mesurer leur visibilité dans les médias, réalisent des études d’audience et de réputation, et apportent des services de conseil sur des axes de communication tactique ». Mais ce n’est évidemment pas la seule direction. « Certains se tournent vers les outils de détection des signaux faibles ou les services de suivi de l’e-réputation », précise Ruth Martinez. D’autres, comme Pierre-Henri Chaix chez EDD, voient l’évolution dans « les panoramas de presse personnalisés et clés en main ». L’avenir le dira. Une chose est sûre, l’arrivée de Google et la multiplication des contenus n’ont pas tué les agrégateurs mais ils ont amené à revoir leur positionnement. Et la métamorphose n’est pas terminée.