désherber en bibliothèque : la constance du jardinier
Longtemps considéré, au mieux, comme une tâche effectuée qu’en cas de besoin, au pire, comme un sacrilège portant
atteinte au sanctuaire du savoir qu’est le livre, le désherbage fait partie de la mission du bibliothécaire.
« Nous sommes des jardiniers créant des bibliothèques jardin plutôt que des bibliothèques mausolée ». Pour l’ancien directeur de la BPI, Michel Nelot, les bibliothèques, concrètement, ne correspondent pas à ces « mémoires de l’humanité » chères à Jorge Luis Borges, mais bel et bien à des espaces de médiation. Et dans un contexte d’infobésité stigmatisant à juste titre le bruit documentaire, ces bibliothèques jardin sont bien évidemment à entretenir. C’est-à -dire à désherber pour respecter la terminologie professionnelle – nos cousins canadiens, sans doute davantage coutumiers des forêts que des potagers, parlent eux d’élagage. Pratiqué dès la première moitié du XXe siècle outre- Atlantique, le weeding débarque dans l’Hexagone en 1977 dans le cadre de la BPI, bibliothèque dépourvue de magasin. Mais désherber ne se résume pas à jeter les livres abîmés, il s’agit d’une démarche complexe, avec ses règles et ses attitudes pertinentes.
1 - désherber, oui, mais pour de bonnes raisons
La réponse à la question « pourquoi désherber ? » semble évidente. D’aucuns répondront que c’est en raison de l’usure ou du mauvais état des ouvrages concernés. C’est vrai, mais très insuffisant. Il y a deux grands faisceaux de raisons qui justifient le désherbage : un bibliothéconomique, en raison du public, et un pragmatique, dans lequel s’inscrit l’état dégradé du document. D’autres raisons pragmatiques peuvent être le manque de place disponible, un déménagement de la bibliothèque, l’arrivée d’une nouvelle équipe ou de nouveaux fonds, une informatisation… Les raisons bibliothéconomiques sont liées à l’adéquation entre document et attente des usagers. Il faut alors élimer les informations erronées ou périmées, et certains établissements – centres de documentation, bibliothèques spécialisées… – ainsi que certains types d’ouvrages – droit, santé, scientifiques et techniques… – sont particulièrement concernés.
Mais ces deux grands types de raisons sont bien évidemment liés. En effet, trouvant un certain nombre d’ouvrages en mauvais état, les usagers sont tentés de prendre moins soin des autres. De même, parmi une trop grande densité de documents, la bonne information se noie.
2 - agir avec méthode et discernement
Une démarche de désherbage ne s’improvise pas, mais se conçoit dans le cadre d’une politique de conservation partagée et d’une charte d’acquisition : c’est une partie d’un tout qui est la politique documentaire menée par l’établissement. En effet, le circuit documentaire en médiathèque est une boucle, dont le dernier volet correspond au désherbage : acquisition, traitement des acquisitions, mise à disposition de l’usager et, enfin, désélection au fil de l’eau afin que la collection demeure attrayante et de qualité. Il faut s’appuyer sur des critères précis afin d’éviter erreurs d’appréciation, subjectivité, voire sentimentalisme au moment du tri. Pour ce faire, des méthodes existent. Signalons Ioupi – incorrect, ordinaire (n’apporte rien au fonds), usé, périmé, inadéquat (avec le reste du fonds) –, mise au point par la BPI et qui fournit un aide-mémoire appréciable. La méthode DC (pour désherbage des collections) préconise, entre autres, la mise en place d’un calendrier ainsi que la nécessité d’un rangement précédant le désherbage.
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