handicapé et très adapté
Avec un réseau de sociétés employant au moins 80 % de travailleurs handicapés, l’Association des paralysés de France développe une activité commerciale dans
la numérisation. Zoom sur ce nouvel acteur atypique et ô combien dynamique de ce marché.
« Une des plus grandes banques françaises vient de nous choisir pour numériser 13,5 millions de ses fiches de paie », se félicite Éric Prod’homme, directeur de l’atelier Blanqui, entreprise adaptée d’une centaine de personnes située à Paris. Et de préciser tout de go : « Une entreprise adaptée est une société comme une autre. » Enfin presque, puisque les conditions sont spécialement aménagées pour s’adapter aux capacités de travail de personnes à efficience réduite. L’atelier Blanqui anime un réseau de huit entreprises adaptées spécialisées dans le service. Il fait partie l’APF (Association des paralysés de France). Effectif total : 700 salariés, dont 150 spécialisés dans la numérisation. « Cela nous permet de répondre à des projets importants et de répartir la charge de travail entre les différents sites », explique Jean-Michel Fontaine, responsable de la production, qui voit un autre avantage à cette mise en réseau : la possibilité pour les clients de disposer d’un interlocuteur unique.
développements en interne
Répartis partout en France, les sites – Paris, Marly, Quimper, Villeurbanne, Pau, Tours… – sont reliés par un réseau informatique et disposent d’un équipement matériel et logiciel à jour. « Nous prenons en charge toutes les étapes, de la préparation à l’indexation et à la Ged en passant par la numérisation, l’OCR, le vidéocodage et la lecture automatique des documents, explique Jean-Michel Fontaine. Et ce, quels que soient les supports, microfiches, livres, films 16/35 mm… » Pour ce faire, l’Atelier est équipé de plusieurs types de scanners, du modèle de production aux équipements pour les livres, comme le Copybook, distribué par Spigraph. Côté logiciel, l’entreprise a fait le choix de privilégier des développements réalisés par un informaticien en interne, plutôt que de faire confiance à un logiciel du marché. « On personnalise par exemple des utilitaires tels que Clictodata pour extraire les données des images numériques », précise Jean-Michel Fontaine. Les formats classiques de restitution de données – XML, CSV, etc. – sont disponibles.
prestations en direct
L’entreprise propose également des prestations d’archivage et de destruction des documents soumis à des obligations réglementaires. « Il nous arrive de répondre en direct aux appels d’offres sans passer par un autre prestataire de services, se félicite Éric Prod’homme. En assurant les mêmes critères de qualité, notamment pour les taux de reconnaissance, que nos compétiteurs. » Une montée en puissance qui a l’air de trouver son public. L’APF travaillait déjà avec plusieurs grands comptes dans différents domaines – Axa, AGF, Société générale, Crédit agricole de Bretagne… – , mais souvent en sous-traitance. L’Atelier répond désormais aux appels d’offres sans intermédiaire. « Nous traitons en direct avec la banque [son identité est confidentielle], qui vient de nous choisir pour numériser 13,5 millions de fiches de paie, se félicite Éric Prod’homme. Ce projet a pour objectif principal de faciliter la reconstitution de carrière professionnelle. Nous assurons également l’extraction de données – salaires, cotisations, dates… – pour des besoins ponctuels. »
remboursements médicaux
L’atelier Blanqui a d’autres cordes à son arc. Souvent, dans le cadre de contrat d’externalisation, une équipe prend en charge le routage. « Nous proposons aussi des travaux de saisie, qui incluent un contrôle qualité et vont, selon la demande du client, jusqu’à l’analyse des données », insiste Éric Prod’homme. Pour assurer ces différentes étapes, l’entreprise développe les outils bureautiques ad hoc : « On a par exemple mis en place des masques de saisie sur une base de données Access pour faciliter la saisie et le contrôle dans le cas de questionnaires d’évaluation de formation pour la Société générale », décrit Jean-Michel Fontaine. D’autres équipes prennent en charge le traitement des demandes de remboursement pour le compte de mutuelles. « Ces équipes sont spécialisées par mutuelle, nous en avons déjà six, bientôt sept », prévoit Éric Prod’homme. Le traitement ne se limite pas à la saisie, il va jusqu’au remboursement des adhérents. « Cela exige une véritable compétence métier, car il faut vérifier ce que les clauses contractuelles autorisent », ajoute le directeur de l’Atelier. Pour ce faire, les mutuelles donnent un accès à leurs logiciels métiers. Autres domaines d’intervention de l’entreprise : les travaux d’impression numérique et la reprographie. Et de nouveaux marchés se développent : « Nous venons de remporter un marché avec la Poste pour nettoyer ses boîtes aux lettres », s’enthousiasme Éric Prod’homme.
social malgré tout
Si l’atelier Blanqui met en avant une démarche professionnelle, à l’instar de ses compétiteurs, il n’en oublie pas complètement ses préoccupations sociales. « Travailler sur plusieurs activités numériques permet de tester les collaborateurs sur toutes les activités afin d’identifier celle leur convient le mieux », explique Éric Prod’homme. Autre spécificité d’une entreprise adaptée : la gestion de la formation aux outils, qui se révèle encore plus cruciale qu’ailleurs. « Notamment après un retour de vacances… » comme le souligne avec bienveillance Éric Prod’homme.
repères
des entreprises (presque) comme les autres
Plus importante association de France avec ses 11 500 salariés et ses 25 000 bénévoles, l’Association des paralysés de France a créé depuis quelques années le groupe APF Entreprise. Il est composé de 23 entreprises adaptées, représentant environ 40 millions d’euros de chiffre d’affaires par an. Ces dernières sont des structures différentes des Esat (établissement et service d’aide par le travail) et autres établissements médico-sociaux. Une entreprise adaptée fonctionne comme n’importe quelle entreprise. « Nos employés dépendent du code du travail », souligne Éric Prod’homme, directeur de l’atelier Blanqui.
une prime pour compenser la baisse d’efficience
Seule spécificité : l’entreprise adaptée doit compter 80 % de porteurs de handicap dans ses effectifs. Une incapacité fixée par le réseau départemental des maisons du handicap (ex-Cotorep). Elle reçoit en compensation une prime de l’État par travailleur s’élevant à 80 % du Smic. Versée au titre de « l’aide au poste », cette prime vient compenser la baisse d’efficience liée au handicap. Par exemple, les absences fréquentes dues aux rendez-vous médicaux.
pas de traitement de faveur économique
Au total, 648 entreprises adaptées emploient 25 000 handicapés en France, soit un nombre un peu plus limité de postes équivalent temps plein. Sur ce chiffre, l’APF gère 23 entreprises employant 1 800 collaborateurs, dont 1 500 porteurs de handicap. Ces 23 entreprises adaptées sont des associations dont les comptes sont consolidés. Dirigeant du département des entreprises adaptées, Emmanuel Lordet ajoute : « Ces entreprises sont soumises aux mêmes contraintes économiques que les autres. Et, à ce titre, se doivent d’avoir des comptes équilibrés. Elles fonctionnent de la même manière. » Elles oeuvrent dans huit secteurs d’activités. « Parmi ces activités, nous avons identifié des domaines comme la gestion électronique des documents et la numérisation comme des domaines en croissance », ajoute Emmanuel Lordet. Une dizaine de ces 23 entreprises se sont associées au sein d’un réseau pour répondre aux appels d’offres dans le domaine de la numérisation en particulier. Réseau animé par l’atelier Blanqui.