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bibliothèques et musées : le meilleur des deux mondes en ligne

guillaume nuttin
archimag - décembre 2009-janvier 2010

Si les bibliothèques soulignent leur aspect patrimonial et les artothèques – permettant l’emprunt d’oeuvres artistiques – se multiplient, médiathèques et musées semblent présenter, hormis le registre culturel, peu de points communs. Semblent : avec internet, ces deux types de structurevoient le distinguo s’estomper, notamment en terme d’outils utilisés.


Interrogé sur le marché des musées, un dirigeant du constructeur de mobilier de bibliothèque Schlapp Mobel s’exclame : « Nous n’y sommes pas du tout. Vous savez, c’est très spécial, les musées, c’est vraiment un marché à part ». Ce qui est vrai pour les outils physiques le semble beaucoup moins concernant les outils numériques. Pour preuve, la récente sortie, début novembre, du nouveau portail Culture. fr, interfaçant ressources et services documentaires, ménageant une large place aux musées. Actualité, agenda et collections structurent de façon transversale les contenus divers et donnent une cohérence aux mondes pourtant distincts des bibliothèques et des musées, via le traitement par les mêmes outils.

internet change la donne

Le web cristallise cette confluence des problématiques entre les deux types de structure, consistant à sortir d’une logique de vitrine pour adopter une logique relationnelle. Débarquée d’abord dans le monde des bibliothèques avec le concept de marketing documentaire, mais surtout via une attitude centrée sur l’usager plutôt que sur le fonds, ce qu’on peut désigner par une lame de fond relationnelle pointe aujourd’hui son nez dans les musées.
Éric Délot, responsable du pôle culture et savoir de l’éditeur de solution documentaire Archimed estime que « bien que le contenu et l’offre de services proposés soient très différents, ce sont tous deux des espaces culturels qui, à ce titre, doivent apporter à leurs publics une offre de contextualisation et qualification de leurs collections respectives. Ils se doivent tous deux de proposer une offre sur site et à distance complémentaire et attractive leur permettant de répondre à deux axes de développement fort des besoins utilisateurs : la personnalisation et l’accroissement du dialogue ». Communiquer et valoriser le patrimoine culturel de manière interactive, notamment au sein de portails uniques, matérialise la convergence des démarches actuelles présentées par les métiers de la lecture publique et du patrimoine culturel. Isabelle Westeels, conservatrice et chef de projet informatique à la bibliothèque municipale de Lille, confie ainsi, après la mise en place de sa bibliothèque numérique, « travailler également à l’intégration des catalogues d’autres institutions lilloises, comme les archives municipales et les musées de la ville ». Des éléments plus matériels et pragmatiques expliquent également cette convergence des problématiques. Laurent Bel, responsable commercial de l’éditeur de solutions documentaires multimédias Armadillo y voit la manifestation d’une sous-représentation des musées : « L’action des ministères de tutelle et les services culturels des collectivités gérant à la fois des bibliothèques et des musées a été décisive pour accrocher les musées aux sites des bibliothèques. Sans parler du souci économique : mutualiser un investissement de portail pour plusieurs institutions est un moteur important en période de restrictions budgétaires ». En découle, entre autre, une forte réduction du nombre d’éditeurs de logiciels destinés exclusivement aux musées. Certes, la convergence des outils utilisés par les bibliothèques et les musées n’a pas attendu internet pour se manifester, ainsi que le souligne Éric Délot évoquant l’exemple de la Ville de Valenciennes, « qui nous avait sollicités dès 1994 dans le cadre de la première version de son anneau culturel, pas encore web. Musée des beaux-arts et bibliothèque partageaient de nombreux outils : séances webcam, réseaux de CD, visite virtuelle, bornes interactives, liens entre les oeuvres du musée et les ouvrages des fond, etc. ». Néanmoins, et comme le souligne Lise Bessette, directrice commerciale de l’éditeur Cadic, « les outils déployés par le passé étaient surtout des outils de gestion, donc bien distincts entre les deux structures. Alors qu’aujourd’hui, les bibliothèques et les musées sont beaucoup plus orientés vers la diffusion de l’information aux plus larges publics possibles en utilisant les technologies du web ».

portail, point de convergence

Cette diffusion et cette communication via internet passent par la mise en place de portails culturels, paradigme récent et émergent incarnant la convergence la plus aboutie des outils de musées vers ceux utilisés en bibliothèque. Leur principe ? Apporter une réponse transparente en terme de fonds sollicité par les diverses requêtes de l’internaute. « Un portail culturel, comme celui de l’INHA, par exemple, propose un même outil de recherche pour interroger tous types de fonds : vidéo, livre, sculpture… C’est d’ailleurs le concept de notre offre logicielle Flora, conçu sur une base et des outils de recherche communs interrogeant indifféremment des catalogues de types muséaux ou bibliothéconomiques situés dans une même application », détaille Philippe Chabanon, directeur du département territoires, enseignement et culture chez Ever Team.
D’un point de vue technique, l’affaire n’est pas si simple. Catalogues de bibliothèques et de musées présentent des caractéristiques bien différentes, notamment en terme de nombre de références – « chose courante en bibliothèque, il est rare qu’un musée possède plus de 50 000 références », explique Éric Délot –, de types de métadonnées, permettant l’indexation, mais aussi de vocation.
Traditionnellement axés sur la recherche d’informations textuelles, telles les notices, pour les premiers, davantage sur la représentation visuelle des collections pour les seconds, Soizic Hirel, administratrice du blog Muséologique, estime ainsi qu’ils n’ont pas la même finalité – informations pratiques, veille sur les événements et personnalisation de l’approche se révélant bien plus développés et centraux pour les bibliothèques. Elle reconnaît et souligne cependant que « ce qui semble vraiment convergent est l’utilisation du site web de l’institution, musée ou bibliothèque, pour offrir une valeur ajoutée documentaire, c’est-àdire proposer des choix effectués par l’équipe de la structure, qu’il s’agisse de produits documentaires comme des bibliographies ou dossiers documentaires pour les bibliothèques ou de commentaires d’une sélection d’oeuvres pour les musées ».

deux approches pour fédérer

Deux grandes approches existent afin de fédérer ces contenus hétérogènes au sein du portail, qui en lui-même est une interface web constituée soit d’un CMS paramétré par un intégrateur, soit d’une solution développée par un des rares éditeurs se positionnant dans le domaine [principalement Archimed, Armadillo, Cadic, Decalog, Ever Team, Infor et Opsys] .
Le premier type de réponse technique consiste en l’interrogation des applications métier par un métamoteur, suivie du rapatriement synchrone ou asynchrone des résultats. Mais, ainsi que l’explique Laurent Bel, « le métamoteur doit réinterpréter les interrogations faites sur le portail pour homogénéiser les requêtes provenant des différents logiciels métier ». Ce qui suppose que chaque solution métier – préexistante à la solution de portail – soit suffisamment performante.
Deuxième approche, la centralisation au sein d’une base de données commune des contenus issus des différents logiciels métier. « Le défi essentiel devient alors la synchronisation des données entre cette base matricielle et chaque application », poursuit le responsable commercial d’Armadillo. Ce qui requiert une réelle souplesse dans le paramétrage de la structure des données : « Par exemple, le logiciel doit autoriser la création de champs non prévus initialement, comme un champ “fragilité” pour accepter un fonds provenant d’un musée ».

numérisation patrimoniale et réseaux sociaux

Si la confluence des outils utilisés en bibliothèque et en musée trouve son expression absolue dans le paradigme de portail culturel, d’autres techniques s’avèrent communes. En amont, d’abord, avec la numérisation patrimoniale. Jean- Charles Morisseau, dirigeant de Diadeis – l’un des plus importants contributeurs d’Europeana, entre autres –, admet avoir beaucoup plus de clients en bibliothèque qu’en musée, mais souligne « qu’aujourd’hui, les grands projets étatiques de numérisation patrimoniale s’élargissent au-delà des livres, et donc des bibliothèques ». Présentant toujours davantage d’estampes, de manuscrits, de tableaux ou encore de photographies, ce qu’on désigne sous l’appellation de « bibliothèques numériques » ressemble de plus en plus à de véritables musées numériques. Pour autant, des distinctions persistent selon qu’on numérise dans l’un ou dans l’autre type de structures. « À commencer par une plus grande facilité, en général, dans la manipulation du livre que de l’oeuvre d’art, poursuit Jean-Charles Morisseau dans un sourire. Surtout, ça fait plus de dix ans qu’on numérise en bibliothèque, en commençant par les notices. Cela ne fait que trois ou quatre ans pour les musées qui ont, à l’image du Louvre, commencé par numériser les photographies des oeuvres ».
Enfin, les couches logicielles superficielles – fonctionnalités web 2.0 et réseaux sociaux, pour les appeler par leur nom – témoignent d’une réelle convergence dans leur utilisation en bibliothèque et en musée. Logique, puisque les deux structures partagent une problématique d’ouverture à travers les notions d’échange avec l’usager, de contribution et d’interaction. Le musée d’art contemporain de Lyon est sur Facebook et propose via son site web toute une série de podcasts ; le muséum de Toulouse organise des concours via Flickr. Si les exemples ne manquent pas, force est de constater que les musées progressent dans cette direction sociale moins prestement que ne le font les bibliothèques. Antoine Marchand, gestionnaire du centre de documentation de l’Office de coopération et d’information muséographique et donc doublement concerné par le phénomène, estime que « beaucoup de musées tâtonnent et se limitent à la mise en place de flux RSS ». Notamment car l’apport participatif des usagers est jugé davantage pertinent et utile dans un univers de lecture publique que dans un environnement muséal. Toujours est-il, souligne le documentaliste, que les musées « sont passés du “faut-il utiliser ces outils ?” à un “comment les utiliser” ? »

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repères

la technologie RFID passe de la bibliothèque au musée

Méthode d’identification à distance grâce à des étiquettes intégrées à un objet lui permettant de recevoir et de répondre à des requêtes, la technologie RFID (identification par radiofréquence, en français) est peu à peu rentrée dans le quotidien des bibliothèques. Les solutions RFID sont ommercialisées en France par trois principaux acteurs – 3M, Intellident et Nedap. Leur usage s’est imposé dans les portiques de détection, les cartes de lecteurs et les platines d’emprunt – successeurs des douchettes à code-barres –, donnant notamment sa pleine mesure à l’automate de prêt. Intégrée au document, l’étiquette RFID a trouvé sa place en bibliothèque dans le cadre d’une problématique de circulation – vol, emprunt, retour – du document. Bien que moins usitée dans les musées, la technologie d’identification par radiofréquence s’y met en oeuvre à des fins de sécurité également, comme par exemple au musée Granet d’Aix-en-Provence à l’occasion de l’exposition Picasso-Cézanne à l’été 2009. Ainsi que le confirme Patrick Munoz, responsable de la sécurité « le personnel de la sécurité du musée peut d’un simple coup d’oeil sur un tableau synoptique, se rendre compte du moindre mouvement suspect de l’oeuvre elle-même ». Mais c’est surtout à la circulation du visiteur au sein d’une logique de médiation que s’attache l’utilisation de la RFID dans un cadre muséal. Largement expérimentale, elle présente pourtant un faisceau d’avantages tant pour les visiteurs – personnalisation des visites en fonction de leur langue, de leur goût, de leurs précédentes visites... – que pour les établissements – optimisation des flux, connaissance des publics.

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