«le nombre de consultations en ligne s’est envolé », confie Jérôme Kalfon, directeur de la bibliothèque universitaire Paris Descartes, lorsqu’on l’interroge sur l’impact de la diffusion de ressources numériques sur le service qu’il dirige. « Aujourd’hui, 80 % des consultations se font en ligne, alors que ce pourcentage était encore très faible il y a une dizaine d’années », précise-t-il. La tendance est similaire au service commun de documentation (SCD) de l’université de Poitiers, où le nombre de consultations de ressources électroniques augmente de 6 à 7 % par an depuis plusieurs années. Dans le détail, en 2008, cette bibliothèque universitaire a enregistré « 60 000 connexions à des bases de données, 2 200 consultations de ressources électroniques, tels les dictionnaires, et 327 000 consultations de périodiques en texte intégral », nous explique Louise Beraud, responsable de la documentation électronique. Les ressources numériques comprennent « des sources numérisées par les bibliothèques elles-mêmes, ce qui reste assez rare, et des documents qui sont accessibles ailleurs sur internet et vers lesquels la bibliothèque met parfois en place des signets », souligne Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université de Nantes et à l’IUT de La Rochesur- Yon. S’y ajoutent « les ressources électroniques payantes, qui sont de loin les plus nombreuses actuellement ».
l’accès à distance se développe…
Payantes ou gratuites, les ressources sont consultables sur les postes de travail des bibliothèques universitaires, mais aussi, de plus en plus souvent, à distance, indique Éric Anjeaux, consultant et cofondateur de Six & Dix, un cabinet de conseil intervenant régulièrement dans des bibliothèques universitaires. D’après lui, ce n’est pas difficile techniquement. « Pour accéder à distance aux ressources, un centre de documentation doit disposer d’un annuaire [LDAP] dans lequel sont enregistrés tous ses utilisateurs. Il lui faut aussi installer un “ reverse proxy “, c’est-à -dire un serveur mandataire qui transforme l’adresse IP de chaque usager distant autorisé en une adresse IP connue de l’éditeur ». C’est en revanche sur les aspects juridiques que le bât peut parfois blesser. Une grosse partie du travail consiste, selon lui, à « prendre contact avec les éditeurs et à obtenir leur autorisation quand cet aspect n’est pas déjà traité dans le contrat initial ».
…et la fréquentation progresse
Quid de l’impact des accès distants sur la fréquentation physique des bibliothèques ? « Il y a effectivement de la part des personnels une certaine crainte larvée d’une bibliothèque sans lecteurs », souligne Éric Anjeaux. Mais, dans les faits, « il n’y a pas à craindre de baisse massive de la fréquentation des étudiants, qui trouveront toujours dans les BU des espaces de travail », note-t-il, signalant en revanche « une baisse très forte des déplacements de chercheurs, qui préfèrent, eux, largement la consultation à distance aux visites sur place ».