Votre livre part d’un constat : les travailleurs du savoir sont souvent mal équipés… S’agit-il d’un manque de logiciels spécialisés ou d’une insuffisance de compétences?
il s’agit avant tout d’un manque d’accès aux outils qui résulte d’une bataille très ancienne entre les directions informatiques et les utilisateurs finaux. Un veilleur ou un documentaliste devrait avoir la possibilité de tester tous les nouveaux outils qui apparaissent. Malheureusement, ce n’est pas le cas. Dans ma propre expérience de formateur, 90 % de travailleurs du savoir que je rencontre ne peuvent pas installer de logiciel sur leur ordinateur à cause de la mainmise des DSI ! Pourtant, les veilleurs et les documentalistes sont de plus en plus soumis à une forte pression pour produire des informations mais on ne leur donne pas les outils pour faire ce travail.
Vous affirmez que nous vivons « le temps de l’individualisme collectif ». De quoi s’agit-il?
Avec les outils 2.0, l’individu travaille à la fois pour lui en mettant, par exemple, des favoris en ligne sur Delicious mais aussi pour la collectivité. Il fait les deux à la fois : il a un comportement à la fois égoïste et collectif. Ce qu’il fait pour lui est mis à disposition des autres. D’une certaine façon, cela rejoint le concept de « la main invisible » théorisé par l’économiste Adam Smith.
Vous consacrez plusieurs pages à la mobilité des travailleurs du savoir et au télétravail. Serons-nous tous, demain, des travailleurs nomades?
En France, nous ne sommes pas très avancés par rapport à certains de nos voisins européens. Nous sommes plutôt un pays où règne la culture du contrôle. Je pense néanmoins que le télétravail va se développer grâce aux outils nomades. Les cadres dirigeants s’aperçoivent que ces outils se répandent à tous les niveaux de l’entreprise et qu’ils peuvent être utilisés pour améliorer la productivité. Plusieurs études publiées aux États-Unis montrent que l’on est plus efficace lorsque l’on dispose d’une certaine dose d’autonomie. L’équilibre se situe probablement dans la possibilité de prendre quelques jours par mois pour travailler chez soi.
Vous affirmez que les effets du « trop plein d’information sur la santé ne sont pas négligeables ». Quels symptômes avez-vous observés?
Des études ont été menées sur le sujet. Le stress, les maux de tête et de ventre, l’insomnie… sont des symptômes liés à l’infobésité. Quand un veilleur doit traiter une centaine de flux RSS et des dizaines d’articles qu’il n’a pas eu le temps de lire, il est confronté à un fardeau lourd à porter. La veille peut nuire au sommeil !
À force de vouloir tout savoir et être connecté en permanence, l’homo numericus ne risque-t-il pas de craquer?
Il y a en effet un vrai risque de vivre en permanence dans l’information diffusée en temps réel. Des chercheurs ont montré qu’à chaque fois qu’un internaute se connecte sur le web, il ressent une poussée d’adrénaline qui provoque du plaisir mais aussi de l’addiction.