« Derrière ces nouvelles technologies, communément désignées sous le nom de web 2.0, se génèrent de nouveaux collectifs et de nouvelles façons d'interagir entre nous. À la base de ce phénomène, se niche une apparente antinomie : comment associer intérêts collectifs et satisfactions personnelles ? Comment être content alors que l'on donne ? Via les outils de partage, on offre une partie de nos connaissances, mais on espère en retirer beaucoup plus. C'est ce que je désigne sous le terme d'égo-altruisme, qui consiste à développer une qualité d'approche permettant une satisfaction personnelle tout en satisfaisant un intérêt collectif. Si l'on s'intéresse plus étroitement aux outils, on rencontre les notions de flux et de stock. Les nouveaux outils, que nous possédons, sont des outils d'amplifications des flux. C'est là notre chance car ce sont les flux qui rendent l'information et la connaissance vivante, le savoir assimilable. On a longtemps crû qu'il fallait tout conserver, répertorier et organiser afin d'être savant. Aujourd'hui, on cherche plutôt à repérer et faire interagir les gens qui savent, mettant ainsi en lumière des solutions nouvelles à partir de ces connaissances partagées. Un des outils le plus emblématique du web 2.0, s'appuyant sur le format dit RSS, n'est-il pas lui-même un flux ?
Les dynamiques de collaboration sont centrales : s'il paraît difficile que des milliers de personnes échangent, ils peuvent néanmoins bénéficier de ce que créent une dizaine, une vingtaine d'individus. Poussons plus avant notre réflexion en introduisant la notion de « territoire de contribution » : en quoi un territoire incite-t-il à produire ? Quand j'introduis une information dans un territoire qui me dépasse, je me sens dépossédé de mes richesses, d'autant que je sais que je ne serai pas reconnu ! C'est en cela que l'apport du territoire de contribution est intéressant. Prenons les blogs, endroits où se créent du contenu, des briques de connaissance, par la suite diffusées, véhiculées. Celui qui dépose une information sur son blog a le sentiment de le faire sur son territoire, et celui qui va la récupérer a le sentiment de récupérer quelque chose appartenant à la collectivité. Il existe des collaborations davantage imbriquées, avec les wikis notamment,qui permettent de co-rédiger, de co-élaborer,de co-inventer des choses, en les développant à plusieurs mains sur la même page. Le phénomène de ce que j'appellerai la « microcontribution » est lui aussi déterminant. Un travail n'a plus besoin d'être substantiel pour être diffusable. L'enjeu n'est plus tant de construire des cathédrales que de constituer des flux demicro-objets pour fabriquer sa propre cathédrale, son propre schéma.»
« Entre trop et trop peu, entre maîtrise et vertige, l'heure du numérique bouscule notre façon d'organiser la mémoire et le savoir ».
Ainsi Louise Guerre, présidente de Serda, introduisait-elle le 12 juin 2007 le colloque Mémoire et Savoir à la Sorbonne. Organisé en collaboration avec le master gestion des connaissances numérisées, cet événement rassemblait autour d'une même table des philosophes, un neurologue, un musicien, un informaticien, un archiviste et un psychiatre afin d'explorer les nouvelles perspectives d'accès à la connaissance et de diffusion de l'information.