Roberta Faulhaber : un certain art de la communication

Michel Remize Par Michel Remize
13/10/2011

Roberta Faulhaber, facilitatrice visuelle et artiste

Facilitation visuelle : ce sont les termes qui figurent sur la carte de visite de Roberta Faulhaber. Mais c’est plus un iPad qu’une carte de visite qu’elle exhibe naturellement. Et quand elle dit : « Vous allez comprendre », elle se lance autant, voire plus, dans le graphisme sur sa tablette tactile que dans l’explication verbale.

La facilitation visuelle est le métier que Roberta Faulhaber exerce depuis 2008 et qui est devenu sa passion. Il consiste à utiliser le langage visuel pour aider un individu ou un groupe à aller plus loin dans des démarches telles que la conduite du changement, le coaching, une réunion stratégique, etc. Il peut aussi être mis en œuvre dans des world cafés ou forums ouverts, techniques de réunion permettant de faire avancer une discussion vers une solution.

capter l’émotionnel

Concrètement, Roberta Faulhaber se munit d’une très grande feuille de papier – ou de son iPad branché à un vidéoprojecteur – et dessine et écrit ce qui se passe dans la réunion. Elle capte les paroles autant que « l’émotionnel ». Résultat, le groupe se voit, se sent entendu, reconnu. Un phénomène d’« horizontalité » aplanit les rapports hiérarchiques, les tentatives de domination par des prises de parole. Les échanges deviennent naturellement plus concis, plus efficaces au fur et à mesure que la réunion et sa représentation visuelle avancent.

Cela semble simple et repose pourtant sur différents fondements conceptuels et théoriques. Pour Roberta Faulhaber, David Sibbet est la référence en matière de facilitation visuelle. Entre autres approches visuelles, des techniques du mind mapping interviennent dans la démarche. Par ailleurs, le fonctionnement même du cerveau entre en jeu, décrit la facilitatrice. Le cerveau gauche est verbal, logique, linéaire. Le droit est plus créatif, enclin à l’émotion. Bien sûr, l’un et l’autre ne fonctionnent pas alternativement, mais ensemble. L’intérêt d’une démarche de facilitation visuelle est d’encourager l’appel au cerveau droit quand le gauche aurait tendance à prendre le dessus, et de rendre les participants « plus intelligents ».

L’intelligence collective est d’ailleurs un autre fondement. Roberta Faulhaber cite volontiers les travaux du Massachusetts Institute of Technology (MIT) sur le quotient intellectuel d’un groupe. Il ne serait fonction ni du nombre de membres du groupe, ni du QI de chacun : l’« intelligence sociale » reposerait en particulier sur la capacité des personnes à s’écouter, se respecter, sur leur sensibilité… « Et plus il y a de femmes dans le groupe, mieux ça se passe ! », s’exclame Roberta Faulhaber. Aspect qui n’est pas pour déplaire à sa fibre féministe. Lorsque, dans la discussion, il est question d’un manager, elle ne dessine pas un homme, mais un visage mi-masculin, mi-féminin…

on discutait sur des livres

Pour Roberta Faulhaber, la facilitation visuelle a l’avantage d’être un métier en correspondance avec la peinture, première passion à laquelle elle est restée fidèle, depuis son apprentissage à aujourd’hui. Elle est américaine, mais a été conçue en France, précisément boulevard Voltaire, à Paris, à l’époque où son père y étudiait ! Elle grandit à Chicago, sa famille séjourne un peu en France. Elle revient dans l’Hexagone après quatre années d’études de la philosophie. « Il n’y avait pas de cours magistraux, se souvient-elle ; on discutait sur des livres, de Platon à Einstein, et c’est comme cela qu’on apprenait ». Ici, elle entre aux beaux-arts, voulant être peintre. Elle se marie, a des enfants. Son parcours l’amènera, entre autres et avec parfois des périodes de chômage, à être directrice artistique dans la publicité BtoB – après un passage par le Celsa, école d’information et communication –, à travailler dans la communication médicale ou à être interprète. Jusqu’à sa découverte de la facilitation visuelle. Des interventions bénévoles lui permettent de constituer petit à petit un carnet d’adresses et une clientèle. Ses contrats peuvent l’amener en Angleterre, aux Etats-Unis, en Espagne…

Sa nouvelle activité influence sa peinture qui devient plus abstraite, « très organique », à la fois terrestre, aérienne et aquatique. Si elle a exposé ses œuvres à plusieurs reprises chez des galeristes, elle tend à préférer désormais les montrer sur son site (d'artiste). Qu’elles soient peintes à l’huile… ou créées sur son iPad.

 

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